BERTRANGE
CATHERINE KURZAWA

La société Tétris est spécialisée dans la conception et la réalisation de bureaux - explications

Sur environ 4 millions de m² de bureaux au Luxembourg, on peut estimer qu’environ 10%, soit 400.000 m², font l’objet de réaménagent ou de nouveaux aménagements par an , selon la société spécialisée en la matière, Tétris. Celle-ci s’apprête à boucler 2018 sur 11 millions d’euros de chiffre d’affaires, au terme d’une année qui marque ses cinq ans de présence au Luxembourg. La société née à Paris en 2003 est désormais une filiale de l’opérateur immobilier JLL. Mais pour Tétris, le Luxembourg reste un marché pas comme les autres, tant sa multiculturalité et sa croissance se reflètent dans les choix d’aménagements. Rencontre avec son directeur, Alain Meyer.

La tendance du «flex office», où les salariés n’ont plus de bureau qui leur est attribué mais bougent d’un jour à l’autre vers un autre poste, est tendance dans les nouveaux aménagements. Constatez-vous cela dans les demandes d’aménagement que vous traitez?

ALAIN MEYER La dominance aujourd’hui du modèle du bureau ouvert est une chose, l’«open space». On privilégie le collectif par rapport à des espaces individuels. C’est une tendance lourde et il y a, je crois, deux motifs qui se complètent assez bien. D’abord, le fait qu’on peut avoir un meilleur travail collectif si on donne un espace de travail collectif. Et économiquement, on consomme beaucoup moins d’espace et on dépense beaucoup moins d’argent en loyer si on choisit cette philosophie d’aménagement qui est plus efficace et moins consommatrice d’espace.

Le «flex office», c’est une variante qui accompagne ce premier mouvement qui est de dire: on n’aménage plus autant de postes de travail qu’on a de salariés puisqu’on constate que les bureaux ne sont jamais occupés à 100%. On va anonymiser les postes de travail, on va accepter que les gens soient nomades et partagent les postes de travail entre eux. C’est un stade ultérieur que tout le monde ne fait pas parce que ce n’est pas aussi le modèle unique performant pour toutes les entreprises. Je crois que c’est vraiment une décision qui est propre à chaque société, ce n’est pas une chose sur laquelle nous pouvons intervenir ou imposer quoi que ce soit. Ce n’est pas la panacée, il faut que cela convienne vraiment à une entreprise.

Vous constatez une augmentation de la demande en aménagements de bureaux suivant ce modèle du «flex office»?

MEYER Pas forcément. On voit que ça se fait et on a vu par exemple qu’un leader de l’e-commerce chez qui on a fait beaucoup d’aménagements en postes sédentaires a lui-même transformé cela en flex. Cela a permis d’augmenter la capacité d’accueil de ses bureaux en passant au flex donc, disons 100 personnes pour 80 postes. Les aménagements de bureaux n’ont pas forcément changé fondamentalement, mais c’est plutôt la manière de les utiliser et d’optimiser les postes. Il faut bien sûr les libérer, les rendre chaque soir. Mais c’est plutôt une politique de consommation d’un équipement que fondamentalement un aménagement de bureau qui va être de nature très différent.

Donc, on l’a vu faire pour des grands groupes essentiellement, des gens qui cherchent à optimiser, quand vous avez 100 postes de travail, passer en flex, vous pouvez faire des économies réelles. Pour des petites sociétés qui sont entre 10 et 25 personnes, elles ne voient pas d’intérêt à passer en flex à moins que ça soit un standard d’entreprise.

Dans la mesure où Tetris est actif dans d’autres pays européens, constatez-vous des spécificités propres au marché luxembourgeois dans l’aménagement de bureaux?

MEYER Le Luxembourg est cosmopolite donc, ce qui caractérise l’aménagement de bureaux, c’est la grande variété de clientèle qui amène nécessairement sa culture d’entreprise, ses standards d’aménagement, sa vision de l’organisation d’entreprise et évidemment on a pu constater que les aménagements souhaités par une entreprise américaine, anglaise ou allemande ne sont pas les mêmes. Il n’y a pas d’homogénéité dans la culture de l’aménagement au Luxembourg, je pense que ça n’existe pas. Le bon aménagement n’existe pas, ce qui existe c’est l’aménagement qui convient à l’identité, à la culture et aux pratiques d’une entreprise et c’est cela qu’on cherche à faire. On trouve un petit peu de tout ici, on n’a pas identifié de modèle dominant et on ne cherche pas à vendre un modèle dominant ou spécifique du Luxembourg.

Quels sont les critères des entreprises pour aménager leur espace de travail?

MEYER C’est très varié. Je pense que soit il y a des mouvements internes à l’entreprise où l’entreprise développe de nouveaux standards. Des sociétés développent des nouveaux concepts et les déploient. C’est un premier moteur. Un autre moteur, ce sont des entreprises qui veulent augmenter l’attractivité de leur lieu de travail pour attirer du personnel, des talents, et qui sont soumises à une certaine pression et de la concurrence, qui doivent se moderniser on va dire. Et il y a également toujours des impératifs d’optimisation de l’espace. C’est multicritères. Auparavant, on raisonnait plutôt business et marketing. Aujourd’hui, les directeurs des ressources humaines et les managers réfléchissent aussi à leur environnement de travail beaucoup plus qu’avant. Ils y apportent beaucoup plus d’attention et ils ont raison de le faire. Je pense qu’on a traité cela comme un problème de logistique pure et aujourd’hui c’est devenu beaucoup plus un support de l’identité de l’entreprise et un support essentiel de travail des gens. Donc, la vision de l’entreprise vis-à-vis de ses locaux a changé pour un mieux. Cela va avec le fait qu’on attache beaucoup plus d’importance aux personnes.

Mais parfois des grandes entreprises ne prévoient pas assez de place pour leur expansion future lorsqu’elles s’installent…

MEYER Si on prend un peu de recul, on constate que personne n’arrive à donner une visibilité très claire sur l’évolution d’une entreprise: est-ce qu’elle va croître en personnel, est-ce qu’elle va décroître? Et les gens sont dans ce dilemme: ils doivent faire des choix d’aménagement à un moment T mais ils ne savent pas ce qu’il va arriver à T+1 ou T+2. Donc c’est très difficile et nécessairement, quel que soit le pronostic, à T+2 ou T+3, soit ils ont visé trop grand, soit ils ont visé trop petit. Ce qui arrive dans ces cas-là c’est qu’on a des discussions en amont sur comment faire un aménagement qui puisse être facilement adaptable ou transformable par la suite. Les aménagements en «open space» sont ceux qui sont les plus facilement modifiables à moindre coût - donc il y a aussi dans ce concept là une anticipation de changement, et c’est quelque chose que les gens ont à l’esprit. Les gens louent en général pour neuf ans, mais personne ne peut faire un pronostic sur quels seront les besoins neuf ans plus tard.


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