LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La Fondation IDEA a.s.b.l. a publié cette semaine son avis annuel, marqué par des inconnues quant à la crise du coronavirus

Pas facile pour la Fondation IDEA a.s.b.l. d’y voir clair dans «cette purée de pois ambiante», de l’aveu même de son économiste Sarah Mellouet, qui demeure - comme ses collègues - confinée chez elle en respectant les consignes de prévention instaurées pour limiter la propagation du coronavirus. «Le coronavirus s’inscrit sur une toile de fond déjà peu reluisante au départ», souligne le directeur d’IDEA Muriel Bouchet.

Dans ce contexte, le laboratoire d’idées de la Chambre de Commerce se garde «de jouer aux «cavaliers de l’apocalypse»: «Il est trop tôt pour tirer un bilan économique des conséquences de la propagation du coronavirus».

Son avis annuel intitulé «Des illusions» comporte notamment treize propositions au gouvernement pour sa prochaine réforme fiscale - dont l’échéance n’est à ce jour pas précisée.

Citons notamment un appel à la simplification du régime des impatriés, ces salariés venus de l’étranger pour travailler au Luxembourg. «Aujourd’hui, il existe un cadre à destination des entreprises avec un régime fiscal relativement favorable et le remboursement de certains frais. Mais on constate qu’il est assez peu demandé. Nous nous demandons s’il n’est peut-être pas trop complexe. Dès lors, pourquoi ne pas permettre aux salariés impatriés de défiscaliser certaines dépenses?», pointe Sarah Mellouet.

Au niveau de la mobilité, l’organisation appelle à questionner l’avantage en nature pour les voitures de société. Utilisées initialement pour alléger la charge fiscale sur les plus gros salaires, elles se retrouvent aujourd’hui également entre les mains des revenus moins élevés et représentent 23% du parc automobile luxembourgeois. «Ce n’est donc plus un élément d’attractivité salariale sur des gens très imposés mais ça devient un élément d’attractivité pour tous», souligne l’économiste.

Préoccupations et actualisations

A côté de cela, la Fondation a pris le pouls des décideurs économiques, institutions et autres responsables politiques sur les principales tendances d’évolution de la conjoncture. Au total, 68 répondants ont participé à ce coup de sonde qui montre qu’au niveau fiscal, les principales priorités figurent au niveau de la taxation des terrains et des logements vides ainsi que le remplacement de l’avantage octroyé aux voitures de fonction par un incitant à la mobilité alternative.

Ces deux pistes récoltent 63% des suffrages, devant l’augmentation de la future taxe carbone (59%). Néanmoins, le questionnaire a été administré fin janvier, au moment où les préoccupations liées au coronavirus étaient plus éloignées du Grand-Duché qu’aujourd’hui.

La Fondation Idea scrute régulièrement les sujets du télétravail et de la croissance qualitative. Au sujet de la situation actuelle de confinement et d’incitation au travail à domicile, l’économiste Vincent Hein rappelle que la part des salariés pouvant recourir à ce procédé est faible, que les questions de fiscalité peuvent être dissuasives et que des zones d’ombres demeurent en matière de droit d’établissement, de protection des données professionnelles etc.

Le télétravail, un bout de la solution

«Je pense que préconiser le télétravail ne revient pas à préconiser le niveau de confinement qu’on est en train de vivre actuellement», observe l’économiste qui considère le télétravail comme «un petit bout de la solution».

Pour l’heure, place à l’action sanitaire avant de mesurer les impacts économiques. «On va continuer à parler des enjeux du Luxembourg, du climat, de la diversification économique mais on va aussi sans doute dans les prochains mois produire des choses sur ce qui pourrait changer après cette crise», conclut Vincent Hein.

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