LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

L’institution estime que la croissance du Luxembourg est «robuste»

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), basée à Paris, a présenté hier ses prévisions de croissance. Tandis qu’elle est pessimiste pour le monde en général, le Luxembourg reste selon l’OCDE une économie «robuste», et ce pour 2019 et 2020. Avec 24 % du PIB, la dette publique brute est parmi les plus faibles de l’OCDE. C’est la demande intérieure qui devrait soutenir l’activité économique, la consommation privée étant stimulée par un marché du travail jugé vigoureux, ainsi que par les effets durables de la réforme fiscale.

La dynamique de croissance dans la zone euro alimentera la vigueur des exportations de services financiers et non financiers. Ce sont les frontaliers qui vont bénéficier principalement des créations d’emplois, mais cela va contribuer quand même à faire baisser le taux de chômage dans le pays: l’OCDE table sur un peu plus de 5 %.

Vu que la politique budgétaire est jugée saine, l’OCDE conseille de mettre à profit la promotion de la croissance verte , notamment en majorant la fiscalité des carburants utilisés dans les transports. L’institution évoque même la possibilité d’instaurer des péages urbains pour décongestionner la capitale luxembourgeoise, sur le modèle londonien. Mais c’est la dépendance à l’égard de son secteur financier qui est le point faible du Luxembourg.

Le pays est exposé à un risque accru de «volatilité financière» qui se transmet par les fonds d’investissement internationaux. De fait, l’OCDE recommande une surveillance continue du secteur et la poursuite de la diversification de l’économie. Attention également aux services bancaires mobiles, aux plates-formes de financement participatif par prêt et aux cryptomonnaies qui pourraient destabiliser la contribution de la place financière à la croissance, sur fond de durcissement des conditions financières.

Le prix des logements qui continue de grimper, et qui endette les ménages

Si du point de vue de l’économie et la croissance, tout va bien au Luxembourg, l’OCDE pointe cependant le gros point noir du pays: le prix des logements qui continue de grimper, et qui endette les ménages. L’OCDE explique ce phénomène par deux causes: l’offre insuffisante avec peu de constructions de logements dans le pays couplé à une forte demande liée à l’immigration. L’adoption de mesures, comme la «limitation de la durée de validité des permis de construire», et l’application d’une fiscalité plus lourde aux terrains constructibles non utilisés, devraient aider à résoudre les difficultés rencontrées pour trouver des terrains à bâtir en incitant davantage les propriétaires et les promoteurs à utiliser le foncier disponible pour construire des logements, indique l’OCDE dans son rapport sur le Luxembourg.

Avec tous ces éléments, l’institution table sur une croissance de 2.9 % en 2019 et 3.2 % en 2020. Ce sont les baisses d’impôt sur le revenu des personnes physiques et sur les bénéfices des sociétés qui vont continuer de stimuler la demande intérieure au cours des deux prochaines années. En revanche, des éléments extérieurs comme les tensions qui pourraient peser sur les échanges mondiaux et la recrudescence de facteurs d’instabilité financière pourraient représenter un risque pour le pays.

Mais l’OCDE voit que la volonté des acteurs financiers de relocaliser certaines de leurs activités au Luxembourg après le Brexit, pourrait être le signe d’une attractivité encore plus grande de la place financière luxembourgeoise, «à la réputation établie de longue date»