LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA (AVEC STATEC)

Le Statec prévoit un impact négatif pour le Luxembourg mais entrevoit aussi de possibles emménagements

Une Union européenne sans Royaume-Uni coûtera 350 millions d’euros au Luxembourg, avance le Statec dans une étude parue ce jeudi. L’institut estime que le Brexit pourrait générer une baisse de 2,5% de la valeur ajoutée du secteur financier luxembourgeois et une baisse du PIB en volume proche de 1% par rapport au scénario de base, sans Brexit. Sur le front de l’emploi, 1.600 postes pourraient passer à la trappe dont 600 dans les services financiers, calcule le chercheur Bastien Larue.

Celui-ci a réalisé une simulation sur base des résultats d’une étude menée par PwC et CBI qui évalue l’impact du Brexit à une chute de 11% de la valeur ajoutée du secteur financier britannique. Elle se base sur le scénario du «hard Brexit», qui se profile suite au discours de Theresa May le 17 janvier, et donc, avec pour conséquence une perte par du passeport européen pour les sociétés britanniques. Les importations totales de services financiers du Royaume-Uni diminueraient de 3% et compte-tenu du poids du Luxembourg dans les échanges avec le pays, le Statec chiffre à 350 millions d’euros la baisse des importations de services financiers du Grand-Duché d’ici à 2020, soit un recul de 4%.

Précieux passeport européen

Mais le Brexit pourrait aussi générer des effets positifs, compte-tenu de la possible perte du passeport européen en cas de «hard Brexit». Les sociétés basées à Londres qui se verraient retirer le précieux sésame ne pourraient plus exercer leurs activités dans toute l’Union européenne et donc, chercheraient à se baser dans un Etat membre histoire de continuer à exercer leurs activités. C’est là que Francfort, Dublin, Paris, Amsterdam mais aussi Luxembourg font figure de potentielles destinations.

Si pour l’instant rien n’est vraiment décidé, quelques déclarations de hauts responsables de la place financière laissent entrevoir une éclaircie. Qui plus est, le «Times» a annoncé en juin que les banques HSBC et J.P. Morgan envisageraient la piste luxembourgeoise. La société de gestions d’actifs M&G a pour sa part franchi le pas au début de l’année en ouvrant une entité au Grand-Duché. Enfin, une implantation des fonds américains Blackstone et Carlyle est évoquée.

Ce qui est certain, c’est que le Royaume-Uni et le Grand-Duché entretiennent des liens économiques forts. Au niveau des exportations de services par exemple, 16% des 85 milliards d’euros comptabilisés en 2015 concernent le royaume de sa gracieuse majesté. Il représente le deuxième plus gros partenaire du Luxembourg en la matière, juste derrière l’Allemagne. En matière de services financiers, notons que les importations du Royaume-Uni vers le Luxembourg sont supérieures aux exportations du Grand-Duché vers la City. Sur la place financière, sept des 141 banques enregistrées sont britanniques et dans les fonds d’investissements, 17,2% des actifs nets de la place proviennent de promoteurs originaires de Grande-Bretagne, soit la 2ème place derrière les Etats-Unis et leurs 20,5%.

Bref, le Brexit ne passera certainement pas inaperçu dans l’économie luxembourgeoise et encore moins dans celle du Royaume-Uni. A court terme, les études évoquent un impact sur le PIB compris entre -2,2% et -4,7% selon le degré de pessimisme des scénarios. A long terme – disons 2030 – les estimations varient de -1,2% à -5,4%. Mais attention, le Statec souligne qu’il ne faut pas parler de récession mais plutôt d’une croissance du PIB moins forte que dans l’hypothèse où Londres serait restée dans l’Union. Le «fog» de la capitale britannique n’a donc pas fini de se dissiper sur les scénarios économiques.