LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le multi-entrepreneur Norbert Friob est au cœur d’un livre d’entretiens

Avec une cinquantaine d’entreprises, 52 ans d’activités et à bientôt 78 ans: Norbert Friob en connaît un rayon en matière d’entrepreneuriat. Dans «Norbert Friob: Tête-à-tête(s) avec un enthousiaste», le serial entrepreneur échange avec une série d’intervenants sur des thématiques aussi variées que le chômage, les énergies renouvelables mais aussi l’esprit d’entreprise. Le livre coécrit par Jean-Michel Gaudron et Anne-Claire Delval a été dévoilé hier soir à Junglinster. Entretien.

Comment est né ce projet de livre?

NORBERT FRIOB J’ai commencé il y a cinq ans un petit travail, parce que je me suis rendu compte au niveau de l’entreprise, vu leur nombre, que le jour où je ne serai plus là, plus personne ne saura - en dehors des grandes lignes - ce qui s’est fait, comment ça a marché, ce qui n’a pas marché. Le deuxième élément était que comme j’ai donné pas mal de conférences dans le cadre de la création d’entreprises, on m’a régulièrement demandé de mettre mon expérience par écrit. J’ai écrit de nombreux articles sur différents thèmes notamment le travail et l’emploi, l’environnement, et j’ai repris tous ces articles et les ai actualisé. Cela faisait près de 500 pages. Et je me suis demandé ce que j’allais en faire. J’ai rencontré Jean-Michel Gaudron à une réception et lui ai parlé de mon projet en lui disant que j’aimerais qu’un professionnel s’y mette. Il m’a dit “oui, je n’ai pas beaucoup le temps, mais ma compagne écrit bien et si elle veut on peut faire le travail ensemble”. Finalement c’est devenu un travail à trois. Ils ont eu l’idée de rendre cela beaucoup plus vivant en y associant des tiers.

Le livre ce ne sont pas que des échanges avec les auteurs, mais avec d’autres acteurs de la place?

FRIOB Oui, le tête à tête est avec ces personnes-là. François Bausch, Isabelle Schlesser de l’Adem pour parler de l’emploi, avec Tom Wirion de la Chambre des Métiers, la Chambre de Commerce, les témoignages de Thierry Nothum qui était mon secrétaire à la CLC au temps où j’étais président, etc.

Vous fêterez l’été prochain vos 78 ans. Le but de ce livre c’est de donner la vision d’un sage qui a tant vécu dans le monde des affaires ou bien de laisser une empreinte entrepreneuriale?

FRIOB En résumé, le thème c’est création et transmission. Et quand on dit transmission, ce n’est pas seulement la transmission d’entreprise. La transmission se fait dans un cadre qui va beaucoup plus loin. Parce qu’une des choses dont je suis extrêmement satisfait, c’est quand j’étais président de la Fédération des jeunes dirigeants, il y avait le constat que l’idée de l’entrepreneuriat était très peu présente au Luxembourg. On s’est dit qu’on allait commencer par l’école fondamentale et j’ai fait une classe pilote dans une école avec une bande dessinée, «Boule et Bill créent une entreprise».

Et de là est parti ce qui est devenu aujourd’hui Jonk Entrepreneuren. D’un volontaire (moi au départ) on est passé à 500, d’une classe on est aujourd’hui rien que dans les mini-entreprises 11.000 jeunes qui participent à l’un des programmes de Jonk Entrepreneuren. Et c’est ce dont je suis le plus fier. Et là il y a un message vers les jeunes qui est de dire: prenez votre avenir en main et n’attendez pas tout des autres.

Vous êtes avant tout un multi-entrepreneur à succès. De quelle réalisation êtes-vous le
plus fier?

FRIOB La plus belle réalisation, c’est Prefalux. C’était la première importante et c’est devenu un leader au niveau européen dans la technologie bois. Prenez la Coque, à l’époque c’était la plus grande réalisation en structure bois en Europe, la station polaire belge en Antarctique, on l’a fait en quelques mois: des premiers contacts en février au début de l’installation en Antarctique en décembre. Ce n’est pas que le bois: prenez l’habillage du château d’eau à Gasperich. Ce n’est pas que de l’artisanat, c’est aussi de l’ingénierie.

Votre expérience pourrait faire de vous un mentor auprès des jeunes. Mais vous, avez-vous un mentor pour l’entrepreneuriat?

FRIOB Des mentors: j’ai lu beaucoup de biographies et quelqu’un que j’ai suivi particulièrement, c’est François Pinault. Et il était au début de sa carrière à peu près en même temps que moi. La grande différence, c’est que je n’ai pas pu acheter une papeterie pour 1 euro en ayant des subsides puis pouvoir la revendre plus tard pour 3 ou 4 milliards (rire).

Quel message voulez-vous faire passer avec ce livre?

FRIOB Des erreurs, on en fait. Celui qui dit qu’il n’en fait pas, c’est un menteur. Et c’est avec les erreurs qu’on apprend le plus. C’est le chapitre du livre le plus important selon moi. Je parle de mes échecs. Il y en a une quinzaine qui sont repris où je dis ce qu’était l’idée, ce qui n’a pas marché et ce que j’ai appris. Au Luxembourg, un message important à faire passer c’est que tout est concentré sur l’échec, peu sur le succès. Pour l’entrepreneur qui travaille honnêtement et connaît un échec, il a bien du mal à enlever l’étiquette qui lui colle à la peau pendant très longtemps.

Aujourd’hui tout va plus vite et il existe même des sociétés avec un capital à 1 euro. Est-ce que la manière d’entreprendre est différente que par le passé?

FRIOB Fondamentalement, non. Cela part toujours d’une idée. Une idée qui doit trouver un marché. La société à 1 euro je n’étais pas vraiment pour. Dès qu’on avance un petit peu, sans capitaux, ça ne va pas.

Vous êtes toujours actif bien au-delà de l’âge légal de la retraite. Jusqu’où cet enthousiasme vous portera?

FRIOB J’ai annoncé que j’allais démissionner cette année de toutes les fonctions que j’ai encore dans toutes les sociétés du groupe. A l’exception de l’activité internationale que mon fils développe, là, quand il me le demande, je lui donne un coup de main. Il y a notamment une transformation du magasin Abitare à Dommeldange. Il y a un grand projet immobilier qui sera confié à un promoteur. Il y a un tas de choses à faire qui ne justifient pas un maintien de l’activité telle qu’elle est actuellement à cet endroit-là. A la gare (de Dommeldange), il y aura d’ici deux ou trois ans un train vers la gare centrale toutes les dix minutes. Aujourd’hui avec la mobilité douce, l’endroit convient mieux pour ce genre d’activités que pour un commerce qui sera dans un cul-de-sac.


«Norbert Friob: Tête-à-tête(s) avec un enthousiaste»,

Dots, 39 euros