LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD & CATHERINE KURZAWA

Le CIO de Liberty House a rencontré vendredi les ministres du Travail et de l’Economie

Suite du feuilleton du rachat du site de Dudelange d’ArcelorMittal par Liberty House: le Chief Investment Officer (CIO) est venu de Londres pour rencontrer vendredi les ministres de l’Economie et du Travail à Luxembourg pour faire le point sur les tractations en cours. Après une réunion houleuse avec les syndicats la semaine précédente, Liberty House a voulu rassurer les ministres.

«Ils ont fait bonne impression», a confié Etienne Schneider au «Journal». «Ils ont dit vouloir investir à Dudelange, garder le personnel et dans la mesure du possible régulariser les intérims», a ajouté le ministre de l’Économie.

De son côté, le CIO de Liberty House Jay Hambro a jugé la rencontre «très positive». Il a présenté son groupe, ainsi que le business plan prévu pour le rachat de Dudelange à ArcelorMittal, en lot avec les sites de Flémalle et Tilleur en Belgique. «Nous voulions être sûrs que les ministres comprennent le contexte de rachat à travers cette annonce, car avec ces sites nous allons doubler notre production d’acier. La question est de savoir comment Liberty House va s’intégrer», explique le CIO.

Aucun emploi ne serait menacé

Les ministres ont notamment interrogé le dirigeant sur les investissements prévus sur le site, Jay Hambro se veut rassurant, «nous avons un programme de 10 à 12 millions. Mais pour les 100 premiers jours nous allons réunir tout le monde autour de la table, sans rien changer. Tous les cadres, les managers, tout le monde sera impliqué pour mettre en place un plan qui sera publié au bout de ces 100 jours. Nous n’avons aucun intérêt à imposer quelque chose de l’extérieur sans un appui interne, ça n’a pas de sens».

Même chose pour les emplois, le CIO a assuré aux ministres qu’aucun emploi ne serait menacé, au contraire: «Nous allons reprendre toute la masse salariale, et notre but est de l’étendre si possible». Du côté des syndicats, on reste dubitatif: «Ca serait idéal, et on ne demande qu’à les croire. Malheureusement on s’est renseigné et les syndicats en Angleterre dont les sites de Tata Steel ont été rachetés par Liberty House ont déchanté», explique Robert Fornieri, secrétaire général adjoint du LCGB. Le syndicat luxembourgeois a émis de sérieux doutes sur des relations existantes entre Lakshmi Mittal et Sanjeev Gupta, ces derniers ayant fomenté un accord pour se partager le gâteau du secteur de l’acier en Europe. Des accusations infondées selon Jay Hambro: «Oui il se trouve que les deux dirigeants sont Indiens, mais cela ne veut rien dire, il y a beaucoup de monde en Inde! Je trouve ces accusations à la limite du racisme».

En attendant, le processus de rachat doit passer l’obstacle de la Commission européenne qui doit s’assurer que tout est en ordre. Le CIO est très confiant: «Nous devrions avoir des nouvelles d’ici à la fin de l’année, et on peut compter sur une avancée au premier trimestre 2019. Notre ambition est de devenir un concurrent solide face à ArcelorMittal».

Robert Fornieri reste quant à lui sceptique: «Ce sont des grands groupes qui ont leurs propres banques et qui financent leurs investissements, mais ces rachats à tour de bras, cela va beaucoup trop vite. Ils vont vouloir un retour sur investissement. Et puis c’est inquiétant la vitesse à laquelle ces montages financiers sont réalisés. Notre expérience de ces groupes nous pousse à la méfiance», conclut le syndicaliste