LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La situation économique du Japon reste délicate

Un haïku ne suffirait pas pour décrire cette situation on ne peut plus dichotomique. D’un côté, le Japon est la troisième puissance économique mondiale et se distingue en particulier dans le secteur industriel, qui génère près d’un tiers de son produit national brut. Mais de l’autre côté, le Pays du soleil levant connaît une déflation depuis une quinzaine d’années et a replongé dans la récession au troisième trimestre. Bizarre, vous avez dit bizarre? Pas tant que ça au final. Depuis toujours, le Japon importe massivement les matières premières. L’archipel dispose de peu de ressources naturelles et seul 15% de la surface du pays est cultivable. Résultat, l’agriculture marginale: moins de 4% de la population travaille dans ce secteur. Voilà qui génère un coût de la vie globalement élevé pour les habitants qui travaillent souvent dans le secteur industriel. Ce dernier est très diversifié et va de l’élaboration de produits de base à la mise au point de technologies de pointe. Mais par-dessus tout, le secteur tertiaire booste l’économie japonaise et représente près de sept emplois sur dix. N’oublions pas non plus les dégâts provoqués par le tsunami du 11 mars 2011 qui laissent une très lourde addition aux autorités publiques.

Objectif: 2% d’inflation

La semaine dernière, la Bank of Japan (BoJ) a rendu son bulletin dans lequel elle évalue à 1% l’inflation. C’est encore loin de son objectif affiché de 2% mais l’institution voit le verre à moitié plein et affirme que le pays est sur la bonne voie, même si le prix du baril de brut est en chute libre par exemple. L’institution a décidé de conserver son programme de rachat d’actifs alors que de l’autre côté du Pacifique, la Fed s’apprête à relever ses taux dans le courant de l’année prochaine. Au Japon, la baisse du yen est vue d’un bon œil car elle encourage les exportations mais le souci est toujours le même: le pays est contraint d’importer une part importante de ses ressources. Dès lors, les entreprises affichent une santé généralement bonne mais font preuve d’une énorme prudence. À la fin du mois de septembre, elles totalisaient l’équivalent de 1.574 milliards d’euros dans leurs bas de laine soit la moitié du produit intérieur du Japon! En un an, l’épargne des sociétés a crû de 4,2%, témoignant de leur crainte d’investir que ce soit pour leurs infrastructures ou bien pour leur main d’œuvre. Et d’ailleurs, le même phénomène est palpable auprès des particuliers qui ont vu leurs actifs financiers croître de 2,7% sur un an pour s’élever à l’équivalent de 11.250 milliards d’euros.

Sur le point d’être reconduit pour un nouveau mandat, le Premier ministre Shinzo Abe a récemment présenté son plan de soutien économique supposé panser les plaies du Japon. L’enveloppe s’élève à 24 milliards d’euros (3.500 milliards de yens) et porte sur le maintien de la «politique à trois flèches» à savoir des largesses budgétaires, une souplesse monétaire et des réformes structurelles.

Un plan pour sortir de l’ornière

Le gouvernement souhaite encourager la consommation via notamment des bons d’achats et de voyage. Dans le même temps, les autorités lancent un appel aux patrons pour qu’ils fassent un geste salarial. L’idée est la suivante: la taxe sur la consommation a été augmentée en avril dernier et ses effets se sont fait ressentir au terme du troisième trimestre, au cours duquel le pays a renoué avec la récession. Cette fois, Tokyo souhaite que les revenus des citoyens augmentent bien avant l’introduction de la deuxième hausse de la taxe en question, prévue en avril 2017. De la sorte, le gouvernement espère que la machine économique pourra de nouveau fonctionner et relancer durablement le pays. Reste que tout cela a un coût qui reste très lourd pour le pays. Celui-ci connaît une dette publique qui dépasse les 200% de son PIB.