LUXEMBOURG
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Une vie marquée par l'itinérance et une fin tragique: le 23 février 1766, Stanislas Leszczynski, Roi de Pologne et Grand-Duc de Lituanie déchu, Duc de Lorraine et de Bar s'éteint au château de Lunéville à 88 ans, 18 jours après avoir été grièvement brûlé lorsque sa robe de chambre prit accidentellement feu alors qu'il voulait raviver la braise dans la cheminée de sa chambre. 250 ans plus tard, les Lorrains se souviennent cette année par de multiples événements et expositions de ce Duc venu de l'Est qui fut accueilli avec méfiance, mais reste dans l'Histoire comme «le bon Roi Stanislas».
Entre la Suède protectrice et une Saxe et Russie hostiles
Revenons sur son parcours exceptionnel. Né le 20 octobre 1677 à Lvov, dans une de plus importantes familles de la noblesse polonaise, bien éduqué notamment aussi dans les Cours des souverains de l'Europe de l'Ouest, Stanislas Boguslav Leszczynski,est sacré roi de Pologne en octobre 1705 à la cathédrale de Varsovie. Sur fond d'énormes tensions politiques, la Pologne de l'époque attirant les convoitises de la Saxe, de la Russie, mais aussi de la Suède qui tentent d'exercer leur influence en soutenant leurs candidats. Car la noblesse polonaise élit son roi. Et Stanislas a les faveurs de Charles XII, roi de Suède, première puissance en Europe du Nord après avoir chassé Frédéric-Auguste de Saxe (Auguste II de Pologne) et ses alliés russes de Pologne en 1704. L'élection de Stanislas Leszczynski aboutit à une division du pays et le roi ne fait pas long feu sur son trône inconfortable: le 8 juillet 1709, Charles XII est battu à Poltava par les troupes du tsar Pierre Ier de Russie qui réinstaure Frédéric-Auguste.
L'exil dans l'itinérance
Pour Leszczynski, c'est l'exil et l'itinérance: il passe de Poméranie à Stockholm, de Moldavie au Danemark au gré de ses protecteurs ou comme pion politique. En 1714, Charles XII lui confère la jouissance de la petite principauté de Zweibrücken (aujourd'hui en Rhénanie-Palatinat). Lorsque le roi de Suède meurt en 1718, Stanislas est de nouveau contraint à la fuite. A la recherche d'une terre d'asile, il reçoit le soutien financier du Duc de Lorraine Léopold 1er.
Le beau-père du roi de France
Ce sont des années de rapprochement à la France, avec laquelle la liaison des Leszczynski va rapidement devenir très étroite. Car Marie Leszczynska, la fille cadette de Stanislas, choisie au bout d'interminables tractations autour de la prochaine reine de France, va épouser en 1725 Louis XV, roi de France. C'est la fin de l'exil pour la famille de l'ex-Roi polonais, qui avait trouvé refuge depuis 1719 sur le territoire français de Wissembourg. Les Leszczynski habiteront à Chambord.
La Toscane en échange de la Lorraine
Mais Stanislas va se relancer à la conquête du trône de Pologne lorsque Auguste II meurt en 1733. Il sera chassé une nouvelle fois en septembre 1733 par les Russes, seulement quelques jours après s'être réapproprié le trône. Les Russes assiègeront même Dantzig pour le faire prisonnier, mais Stanislas réussit à s'enfuir à Koenigsberg en Prusse. En Pologne, une guerre de succession fait rage. Parmi les belligérants: l'empereur romain germanique Charles VI auquel Louis XV déclaré la guerre à la suite de l'épisode Stanislas Lesczcynski. Au bout de négociations de paix ardues, ces grandes puissances conviennent en octobre 1735 que le beau-père du roi de France recevra en viager les duchés de Lorraine et de Bar. En échange, le duc de Lorraine, François III, favorable à Charles VI, obtient le Grand-Duché de Toscane. Pour la petite histoire: François III de Lorraine a épousé en 1736 Marie-Thérèse, héritière de la Maison d'Autriche et future impératrice du Saint-Empire Germanique.
Un souverain aux pouvoirs limités qui laissa de nombreuses traces tout de même
Le 3 avril 1737, Stanislas, qui a abdiqué du trône de Pologne en janvier 1736, entre dans Lunéville, où ce duc nominal aux prérogatives limitées installe sa cour. Il passe le gros de son règne à aménager et à réaménager sa résidence principale, mais aussi celles de Nancy, Commercy ou encore Malgrange. A sa mort, où les territoires de Bar et de Lorraine passent dans le giron de la France qui les administrait depuis 1737, il laisse le souvenir d'un souverain bâtisseur, intellectuel et très chrétien qui a laissé beaucoup de traces architecturales dans la région.
«Il règne, mais sans gouverner»
Pierre-Hyppolite Pénet, commissaire de l'exposition «La Lorraine Pour Horizon», conservateur du patrimoine au Palais des ducs de Lorraine au Musée lorrain et en charge du XVème au XVIIIe siècle, explique: «Cette exposition explique d'abord les relations complexes entre la Lorraine et la France. Le roi Stanislas, de son côté, s'emploie à agglomérer les différents territoires qui vont faire la Lorraine d'aujourd'hui. En fait, Stanislas, ex-roi de Pologne réfugié à Versailles et beau-père du roi Louis XV se voit contraint par son gendre, le roi Louis XV, de prendre la couronne de Lorraine. Au début il ne veut rien savoir mais sa fille et son gendre le poussent en lui démontrant que la Lorraine n'est pas loin de Versailles et qu'à défaut de sa Pologne la Lorraine serait tout aussi bien. De plus, il ne serait plus un roi sans trône. Donc, Stanislas est contraint-forcé de signer la «déclaration secrète de Meudon». Celle-ci, rédigée par Louis XV et son ministre le cardinal de Fleury le 30 septembre 1736, met en place une stratégie afin de faire du règne de Stanislas en Lorraine une transition en douceur vers la réunion des duchés à la France. Ceci sans même attendre l'accord final du duc de Lorraine François III. Mais Stanislas est dur en affaires, pourrait-on dire. Il exige de ne pas avoir à s'occuper de la diplomatie inter-Etats. D'où son peu de contact avec ce qui deviendra le Grand-Duché du Luxembourg. Il précise même «ne pas se soucier des embarras qui regardent l'administration des finances et revenus des duchés de Bar et de Lorraine et en abandonne le souci au roi de France dès maintenant et pour toujours» (sic). Pour autant, il reçoit un revenu de 2 millions de livres par an. Bref, il règne, mais sans gouverner. Comme on le découvre ici dans cette exposition, au travers de l'histoire de la Lorraine, c'est toute l'histoire de l'Europe que l'on devine».