LUXEMBOURG
SANDRINE GASHONGA

«Lëtz Rise Up» est une nouvelle A.s.b.l. féministe et antiraciste non mixte fondée en septembre 2019, qui a pour objectif de donner une voix à toutes les personnes qui font face aux discriminations en raison de leur race, leur genre, leur religion, leur orientation sexuelle ou leur handicap, et particulièrement aux femmes subissant des discriminations croisées. Sa co-fondatrice, Sandrine Gashonga, explique pourquoi le Luxembourg a besoin d’une telle plateforme.

«En 1976, cinq femmes noires déposent une plainte contre General Motors pour discrimination au travail. La défense du constructeur automobile consistait à dire que ni la discrimination basée sur le genre, ni celle basée sur la race n’était recevable, puisque la société embauchait des femmes et des Noirs. Le problème était que les femmes embauchées dans les bureaux n’étaient pas noires, et les Noirs recrutés dans les ateliers n’étaient pas des femmes. Il y avait donc clairement une discrimination dans la politique de recrutement de General Motors. C’est en partant de ce cas que la juriste américaine Kimberlé Crenshaw développe en 1989 le concept d’intersectionnalité: il n’est plus question de juxtaposer l’existence d’une pluralité de systèmes de domination sociale, mais de les “penser ensemble”.

Dans les milieux militants aux États-Unis comme en Europe, ce concept est à la base de mouvements féministes portés par des femmes racisées qui font une critique du féminisme “blanc” ou “mainstream”, issu des classes moyennes et hétéronormatif. En Europe, c’est sur la question du voile islamique que ce sont cristallisées les dissensions entre féministes intersectionnelles et féministes blanches. Alors que la grande majorité des actes islamophobes concernent des femmes voilées, de nombreuses féministes se sont désolidarisées du combat des femmes musulmanes contre l’interdiction du port du voile dans l’espace public. Les féministes universalistes considèrent le voile comme le symbole de la domination masculine, niant la capacité d’autodétermination des femmes musulmanes.

Les inégalités de traitement entre femmes blanches et femmes racisées touchent également d’autres domaines, comme celui de l’emploi. Les résultats d’une étude parue en 2019 réalisée par l’Economic Policy Institute (EPI) sur les inégalités salariales aux États-Unis, montrent que l’écart salarial entre femmes blanches et femmes noires est passé de 6% en 1979 à 19% en 2015. Ces chiffres révèlent le fait que les femmes blanches ont davantage profité de la réduction de l’écart de rémunération entre hommes et femmes que les femmes noires. Le féminisme décolonial, représenté par des collectifs tels que Lallab en France ou Mwanamke en Belgique, a pour ambition de s’attaquer à toutes les formes de domination et d’oppression, ainsi qu’aux représentations héritées de la période coloniale. Il privilégie la création d’espaces de parole «safe» et non-mixtes pour les femmes racisées, dans lesquels celles-ci peuvent parler de leurs expériences sans devoir gérer les sentiments de culpabilité, voire d’injustice, que peuvent parfois ressentir les femmes blanches lorsque les relations interraciales sont abordées.

Le Luxembourg possède désormais un tel espace. Par-dessus tout, nous souhaitons combattre le préjugé selon lequel le féminisme serait une production de l’occident, et nous refusons que certain.es dictent ses frontières et son applicabilité.

Nous organisons la projection du film-documentaire “WomenSense Tour in Muslim Countries” le dimanche 1er mars à 12.00 dans le cadre du Festival des Migrations, en présence des réalisatrices. Ce film est le premier opus d’une série documentaire qui met en avant une autre image des femmes musulmanes, sortant des stéréotypes.»

www.letzriseup.com