LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La sortie houleuse de Robert Goebbels de la direction du Freeport fait des vagues au niveau politique

Le Freeport est devenu en quelques années un feuilleton dont se serait bien passé le gouvernement luxembourgeois. Le fondateur du Freeport, Yves Bouvier, est empêtré dans une série d’affaires judiciaires qui a entâché la réputation de ce premier port-franc luxembourgeois lancé en 2014. Après six ans de fonctionnement, le Freeport accumule les dettes, soit une perte de 6 millions d’euros de «Luxembourg Freeport Management Company», la société qui gère le freeport crée en 2012.

Le Freeport c’est un entrepôt ultrasécurisé de 22.000 mètres carrés sur 4 étages, à deux pas de l’aéroport de Luxembourg. Le but était d’attirer au départ les marchands d’art et autres riches investisseurs pour faire transiter par le freeport leurs marchandises, reproduisant le modèle de Singapour, mais cette fois pour la zone euro. En 2018, une demi-douzaine de sociétés louaient des espaces au Freeport pour leurs clients, soit entre 50 et 250 mètres carrés. Destiné d’abord à accueillir des oeuvres d’art, les ports francs se sont diversifiés en faisant transiter aussi bien du vin ou du matériel informatique.

En mars 2019, le Parlement européen a adopté à une large majorité une résolution sur le renforcement des mécanismes de lutte contre le blanchiment d’argent qui prévoit la suppression progressive de tous les ports francs de l’UE27. En juillet 2019, la Commission européenne a ajouté les ports francs à la liste des secteurs qui comportent un risque accru de blanchiment d’argent. Les ports francs de Genève et du Luxembourg sont tous deux cités dans le rapport final.

«Soucis de fonctionnement»

C’est en 2018 qu’une enquête diligentée par le Parlement européen dans le cadre des Panama Papers a soulevé des «soucis de fonctionnement» avec le Freeport. L’eurodéputée Ana Gomes, s’était rendue au Freeport avec un groupe de députés européens, dans le cadre d’une commission d’enquête sur les Panama Papers et LuxLeaks. A l’époque, beaucoup de questions étaient restées sans réponse, même si le dirigeant, Robert Goebbels, sétait voulu rassurant, notamment sur le rôle des douanes qui ont pour but de vérifier les marchandises en transit, ceci afin d’éviter le blanchiment d’argent via le Freeport.

Nommé jusqu’à l’assemblée générale devant se tenir en 2020, ce dernier a démissionné de ses fonctions de président et d’administrateur du Freeport avant terme. Cette information a été communiquée au registre de commerce et des sociétés le 2 mars 2020, rappelle le député CSV Laurent Mosar dans une question parlementaire adressé au ministre des Finances.

Pour ce dernier, «si le gouvernement entendait, de manière proactive, renforcer la zone franche en la dotant d’un régime efficace en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, il s’agissait de faire en sorte que la clientèle internationale ait la confiance nécessaire pour recourir aux services de la zone franche, l’ambition étant d’y établir un “art cluster”». Robert Goebbels a donc jeté l’éponge en évoquant des «désaccords» sur «l’orientation future du camp de haute sécurité» avec le propriétaire majoritaire Yves Bouvier. Ce dernier reste très ancré sur le marché de l’art, alors que Robert Goebbels voulait insister sur la diversification du Freeport, alors que les dettes s’accumulent et que le succès n’est toujours pas au rendez-vous.