LUXEMBOURG
LIH

Les mécanismes qui règlent notre état physique et psychologique sont loin d’être entièrement compris. C’est pourquoi le «Luxembourg Institute of Health» s’attèle à les explorer davantage. Voilà que l’équipe du groupe de recherche «Immuno-Pharmacology and Interactomics» au «Department of Infection and Immunity» a fait une découverte importante qui ouvrira de nouvelles voies dans la lutte contre la douleur chronique et la dépression. Explications avec le Dr Andy Chevigné, qui dirige le groupe de recherche.

«Sur la surface de nos cellules cérébrales se trouve ce que l’on appelle des récepteurs ou encore “interrupteurs moléculaires”. Ils sont importants pour la régulation de nombreuses fonctions du corps dont celle de la sensation de “bien-être”. Jusqu’ici, on n’en connaissait que quatre qui régulent le “bien-être” et la douleur. Or, nous en avons découvert un cinquième qui fonctionne différemment des autres. Ce nouveau récepteur régule la quantité de peptides opioïdes disponibles dans le cerveau. Ces petites protéines naturelles influencent une variété de sentiments et de processus biologiques comme la motivation, l’euphorie, l’affection ou encore les réponses au stress et à la douleur. Les sportifs connaissent sans doute l’endorphine qui nous procure un sentiment de bien-être après un effort physique.

Mais il existe aussi une panoplie d’opioïdes synthéthiques qui agissent sur les quatre récepteurs connus jusqu’ici, comme la morphine, l’oxycodone et le fentanyl par exemple. Ce sont certes des médicaments efficaces pour traiter la douleur, mais ils sont fréquemment associés à plusieurs effets secondaires, tels que la dépendance et des troubles respiratoires.

D’où la nécessité de développer de nouveaux médicaments pour agir sur les récepteurs cérébraux. Dans cet état d’esprit, nous avons ainsi développé une molécule – baptisée LIH383 – qui bloque ce cinquième récepteur empêchant son rôle dans la capture et la dégradation des peptides opioïdes naturellement présents dans le cerveau. C’est donc une autre façon indirecte et plus naturelle d’agir sur les récepteurs classiques et d’augmenter la quantité de peptides opioïdes à leur disposition.

Nous avons par ailleurs également découvert que la molécule pourrait aider à ralentir la croissance tumorale et les rechutes dans le cancer du cerveau, ce qui conduirait à un meilleur pronostic pour les patients.

Grâce à la recherche fondamentale effectuée par mes collègues Dr Martyna Szpakowska et Max Meyrath pour leurs thèses de doctorat et en collaboration avec les universités de Bonn, de Liège et de Luxembourg ainsi que grâce aux conditions qu’offre le Luxembourg pour la translation de cette recherche en recherche appliquée, nous nous trouvons donc actuellement à l’aube de développements qui pourraient aider grandement de très nombreux patients. Cela n’aurait pas été possible sans le soutien du Fonds National de la Recherche, du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ainsi que de l’initiative caritative Télévie, que je tiens à remercier. Nous sommes en tout cas très motivés à poursuivre notre travail dans l’espoir de développer des stratégies thérapeutiques alternatives prochainement.»