MUNSBACH
CATHERINE KURZAWA

Le cabinet EY a pris le pouls des PME au Luxembourg et ailleurs en Europe

Elles sont les principales sources de croissance en Europe et génèrent plus de 70% de l’emploi au Luxembourg. Elles, ce sont les PME qui sont au cœur de l’étude d’EY «European Mid-Market Barometer 2015». Cette année, le Luxembourg a pour la première fois intégré le panel de pays pris en compte pour ce coup de sonde aux enseignements variés.

En ce qui concerne l’activité des entreprises, 93% des PME évaluent leur activité de manière positive au Grand-Duché soit bien au-delà des 51% de la moyenne européenne. Cependant, ils sont plus nombreux (55%) à tabler sur une stabilité de leur développement que sur une croissance (41%). Idem au niveau du climat économique: le maintien l’emporte sur l’amélioration, à 60% contre 27%. La prudence est également palpable dans le champ des relations vis-à-vis des pouvoirs publics puisque près de six entrepreneurs sur dix se disent moyennement satisfaits de la politique économique contre un sur quatre dans le rang des satisfaits. Au niveau des attentes, six PME sur dix souhaitent voir le gouvernement s’attaquer à la réduction de la dette publique tandis que les autres demandent une augmentation des investissements publics. Au rayon des investissements, le statu quo est privilégié par près de sept firmes sur dix et seules un quart des structures sondées comptent grossir leurs rangs dans les six mois. Pour expliquer ce climat, l’étude pointe un top cinq des craintes dominé par celle d’une faible croissance économique domestique (27%), suivie par la hausse du prix des matières premières (26%), la faible croissance européenne (23%), la sécurité des données (14%) et la pénurie de main d’œuvre qualifiée (13%).

Le grand écart

Ouverture du marché du travail vers l’étranger oblige, cette problématique est nettement moindre qu’ailleurs en Europe où près d’une entreprise sur trois redoute que ce manque de main d’œuvre qualifiée affecte son chiffre d’affaires. En tête des pays les plus préoccupés, on retrouve l’Autriche (59%), la Suisse (55%) et la Grèce (55%). «La pénurie de main d’œuvre qualifiée constitue un obstacle susceptible de ralentir la marche des entreprises au moment même où elles sont sur le point de croître», appuie Christophe Gence du cabinet EY. Un autre grand écart est palpable sur le front de la confiance envers le climat économique domestique. Parmi les 21 pays étudiés, c’est en Irlande qu’elle est la plus forte, devant le Royaume-Uni et l’Espagne. Au Luxembourg, un peu plus d’une PME sur quatre se dit optimiste, et 13% s’attendent à une détérioration. Parmi les éléments perturbateurs, la crise en Ukraine est citée dans 21% des cas, en particulier dans l’industrie manufacturière et cela, surtout en Turquie, en Grèce, en Russie et en Allemagne. «Les PME situées dans les pays lourdement affectés par la crise financière de 2008 connaissent actuellement une reprise vigoureuse, spécifiquement là où des réformes, parfois douloureuses, ont été adoptées, comme en Espagne, en Irlande ou encore au Royaume-Uni», pointe le directeur associé Advisory, responsable de l’offre de services aux PME et aux entreprises familiales Pierre Mangers.

Ce dernier a relevé hier d’autres tendances contraires en Europe, comme cette belle santé affichée du côté de la Turquie, où plus de neuf dirigeants sur dix sont satisfaits du niveau d’activité de leur entreprise et où la moitié prévoit d’accroître ses investissements dans les six prochains mois. «Le marché est en évolution constante et les différentes missions économiques de notre gouvernement là-bas tente de répondre à cette demande en partenariats», ajoute le responsable. En Grèce par contre, le poids de la crise se fait encore sentir avec huit dirigeants sur dix qui souhaitent une augmentation de l’investissement public. Par contre, l’Irlande et le Royaume-Uni se positionnent comme les deux pays où les PME prévoient le plus d’engager à court terme, avec respectivement 40% et 38% de réponses en ce sens. Du côté des pays germanophones, la confiance en l’économie domestique est inférieure à la moyenne et pour plus d’une firme sur deux, cela est dû au manque de main d’œuvre qualifiée. En France, la confiance est de mise tant sur l’évaluation de l’activité que sur les perspectives de croissance où plus d’une entreprise sur deux table sur une croissance de son activité dans les six prochains mois. À noter qu’entre temps, l’actualité économique et politique a beaucoup évolué entre les attentats de Paris et le lancement du programme d’assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne (BCE). Pierre Mangers le reconnaît: «Je ne peux pas garantir qu’aujourd’hui, si on repose les mêmes questions, les mêmes pourcentages ressortiront.»


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