LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

L’économie sociale et solidaire emploie 8% des salariés au Luxembourg

Boostée par l’essor des crèches et des maisons de retraite, l’économie sociale et solidaire a le vent en poupe au Luxembourg. Selon une étude du Statec présentée hier, on recensait 1.064 entreprises dans le secteur en 2012 qui employaient 27.751 salariés. Cela représente respectivement 3,2% et 7,8% de l’ensemble de l’économie luxembourgeoise. Et en moyenne, le nombre de sociétés actives dans ce domaine progresse de 3,4% par an, contre 3,2% en général. Hier, un projet de loi au sujet de l’économie sociale a été adopté, a annoncé Nicolas Schmit, Ministre du Travail (LSAP). Avec le statut de société d’impact sociétal (SIS), les entrepreneurs sociaux vont pouvoir bénéficier d’une reconnaissance officielle, assortie d’un cadre juridique pour ce secteur aux frontières assez mouvantes.

Pas de définition universelle

Dans l’étude commandée par le Ministère du travail, de l’emploi et de l’économie sociale et solidaire, le Statec définit les entreprises sociales comme étant des «activités économiques avec une gouvernance spécifique et poursuivant des buts sociaux». On y retrouve des a.s.b.l., les établissements d’utilité publique, les fondations ainsi que les entreprises enregistrées dans le secteur économique «Santé et action sociale». Bien évidemment, la professionnalisation de certaines structures de soins complique l’approche, alors que dans le même temps des entreprises de secteurs variés accordent un rôle primordial au dialogue social et aux conditions de travail; et peuvent dès lors être considérées comme des entreprises sociales et solidaires. Ce qui est certain, c’est qu’aucune définition n’englobe l’ensemble des structures. Le Statec a donc vérifié la fiabilité de sa définition auprès des sociétés cibles. Celles-ci se caractérisent par une prédominance des microstructures d’une dizaine de salariés au maximum. Sept entreprises sociales et solidaires sur dix répondent à ce critère contre un peu moins d’une sur deux dans l’économie totale. Ces entités sont aussi fort présentes dans les cantons les plus peuplés, Luxembourg et ceux du sud en tête. Elles emploient à 70% des femmes, contre 40% dans l’ensemble de l’économie.

Quant aux contrats, on constate que ceux à temps plein ont augmenté de 16,7% par an contre 4,1% dans l’ensemble de l’économie. Un phénomène que les chercheurs associent à l’explosion du nombre de crèches et de maisons de retraites depuis 2009. En 2012, on totalisait 218 crèches et maisons de soins contre 132 autres entreprises sociales. Cela représente un taux de croissance de respectivement 117,6% contre 32,2%. L’étude dégage par ailleurs un lien entre l’augmentation du nombre d’entreprises sociales et solidaires et l’atténuation du «mal-être» des personnes les plus vulnérables comme les chômeurs et les personnes défavorisées.

Une conférence et un incubateur dans le pipeline

«L’économie sociale est un acteur de poids au Luxembourg», a appuyé le ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Economie sociale et solidaire. Avec près de 8% de l’emploi total contre 4,5% en 2000, le secteur talonne la sidérurgie (11%), souligne pour sa part le directeur du Statec, Serge Allegrezza. Depuis 2000, le nombre de salariés a bondi de 13% dans ce secteur. Pour Nicolas Schmit, «les entreprises sociales semblent atteindre leur mission qui est d’améliorer la qualité de vie de la communauté qu’elles servent». Voilà qui incite le Grand-Duché à faire un pas de plus dans le milieu. Au cours de la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne, l’économie sociale et solidaire sera promue et les 3 et 4 décembre, une grande conférence réunissant les pointures du secteur se tiendra au Luxembourg. Et face à l’émergence d’entreprises dans le domaine, «on travaille sur un incubateur pour les entreprises sociales», a ajouté le ministre. Son objectif? Créer un écosystème pour toutes les firmes du domaine. Dans le même temps, la question du financement se pose. A côté des financements publics, des alternatives existent comme le «social investment» et la microfinance. Et avec la moitié des fonds d’investissements dédiés à la microfinance domiciliée dans nos frontières, le Luxembourg a très certainement encore une carte à jouer