LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

L’association LuxAfrica tente de faciliter les relations d’affaires entre le Luxembourg et l’Afrique

Promouvoir les échanges économiques entre le Luxembourg et le continent africain, voilà l’objectif de LuxAfrica. L’a.s.b.l. fondée en 2014 compte une soixantaine de membres actifs et réunit 350 sympathisants sur le réseau social LinkedIn. Rencontre avec son président Valère Twagirayezu et son vice-président Fémy Mouftaou.

Pourquoi avoir créé cette association ?

VALÈRE TWAGIRAYEZU On s’est rendu compte qu’au Luxembourg, on ne parlait de l’Afrique qu’en termes de besoins humanitaires ou d’aide au développement et il n’y avait pas d’organe pour parler des aspects d’investissements. Et en même temps, on s’est rendu compte qu’il y avait un groupe d’origine africaine ou des gens qui ont des affinités avec l’Afrique qui sont actifs au Luxembourg sur la place financière et que donc, il y avait matière à se mettre ensemble. On a opté pour une a.s.b.l. qui a pour objectif de parler de l’Afrique en termes de potentiel économique et surtout d’ouvrir les yeux de la place financière sur les opportunités qu’elle peut avoir à travailler avec l’Afrique.

Quelles sont les activités organisées dans LuxAfrica?

TWAGIRAYEZU Il y a principalement des conférences avec des sujets divers comme les nouvelles technologies, l’immobilier, l’asset management, et à chaque fois en essayant de trouver les liens avec le Luxembourg et les opportunités que les entreprises du Luxembourg peuvent avoir à tisser des liens avec l’Afrique.

FÉMY MOUFTAOU On a aussi des «social events» qui sont du networking. Avec toutes sortes de gens qui participent, que ce soient des gens de grandes banques d’investissements, des auditeurs, des personnes qui viennent de l’étranger. Il y a une troisième activité de Lux-
Africa, ce sont les «working groups»: des groupes de réflexion sur différents sujets qui visent à favoriser les relations financières entre le Luxembourg et l’Afrique.

TWAGIRAYEZU Et aussi de temps en temps des entrepreneurs luxembourgeois viennent en nous disant: on travaille avec l’Afrique, on sait que vous existez, est-ce que vous pouvez nous aider à nouer certains contacts avec certains pays ou certains marchés dans lesquels on voudrait se développer. Et ça, on en voit de plus en plus.

On parle souvent de l’économie en Afrique en relation avec la microfinance. Pourtant, il y a un développement économique très marqué. Comment votre association peut-elle montrer l’autre visage de l’Afrique?

MOUFTAOU Lors d’une conférence organisée avec EY, on a eu un entrepreneur rwandais qui a créé une start-up au Rwanda liée aux micro-paiements mais pas au micro financement. Il est venu présenter sa start-up et a trouvé une possibilité de financement avec quelqu’un dans l’assistance. A côté de la microfinance, la volonté d’investir dans du «private equity» en Afrique est très importante et LuxAfrica est dans cette tendance.

TWAGIRAYEZU Il y a de plus en plus de pays qui s’intéressent aux opportunités d’affaires que représente l’Afrique dans un but différent de ce qu’on a connu jusque-là. On a connu le colonialisme et d’autres aventures pas glorieuses. Mais ici on a de plus en plus d’initiatives gagnant-gagnant. Les gens vont là pour créer de la valeur et faire du vrai partenariat avec les acteurs locaux. Et ils apportent le capital qui manque beaucoup, ils apportent l’expertise qui peut manquer dans beaucoup de choses. Et profiter de ce qu’il y a en masse: le marché. L’Afrique a un marché des consommateurs énorme et qui croît beaucoup. Elle consomme aussi bien des produits financiers que des produits de télécommunication, des produits pharmaceutiques, immobiliers, etc.

Quelles sont les difficultés dans la promotion des échanges économiques avec l’Afrique?

MOUFTAOU La difficulté première tient à la méconnaissance de l’Afrique. On parle de l’Afrique en général mais ce sont des pays très différents. On ne peut pas comparer la Grèce et la Finlande. Pourtant, quand on parle de l’Afrique, on fait ce genre d’écart. Le Botswana qui est un beau pays très développé avec de belles infrastructures, n’a rien à voir avec la Somalie, l’Ethiopie ou le Soudan par exemple.

L’Afrique de l’ouest est un bloc très différent de l’Afrique centrale. La deuxième barrière, c’est le risque. La perception du risque est toujours très élevée de par le manque de garanties qu’offrent certaines transactions. Pour prêter en Afrique, si vous n’avez pas un bon relais local et une bonne connaissance du risque, vous avez un risque d’échouer et l’appétence du risque est clairement l’une des barrières. Tout le monde n’est pas prêt d’aller là-bas.

TWAGIRAYEZU Il y a aussi les barrières règlementaires. Il y a de plus en plus de soucis de «compliance» vis-à-vis des règles de transparence qui sont beaucoup plus faciles à mettre en place quand on fait des affaires avec une entreprise française ou allemande que quand on fait des affaires avec une entreprise nigériane par exemple. Il y a des barrières mais quand on parle de l’Afrique, on a tendance à exagérer les risques et à ne pas voir les vraies opportunités qu’il y a. Cela étant dit, les barrières sont là et les risques sont là. Mais ceux qui travaillent sur le marché nous le disent: le risque est élevé mais il est suffisamment rémunéré.

Quels sont les meilleurs exemples de ce développement économique en Afrique?

TWAGIRAYEZU L’Afrique a été la région au monde qui a été la moins affectée par la crise de 2008 parce qu’on s’attendait à ce que beaucoup de pays africains connaissent une chute vertigineuse suite à la crise mais il y a eu beaucoup de résilience et on s’est d’ailleurs rendu compte que les économies africaines sont moins dépendantes des marchés internationaux qu’elles ne l’étaient par le passé. Donc, on a une croissance vraiment endogène et qui est dans le long terme, à part les pays qui sont producteurs de pétrole qui ont été touchés par la baisse des prix.

MOUFTAOU Il y a aussi l’essor des télécommunications. Même encore aujourd’hui on ne se rend pas encore tout à fait compte à quel point les populations africaines sont connectées et à quel point ça se développe très vite. Le «mobile banking» là-bas n’est plus une révolution du tout, c’est commun. Au Ghana ou au Togo, c’est tout à fait naturel d’aller au marché acheter des oranges avec son téléphone portable. D’une certaine façon, beaucoup de pays africains sont plus avancés que certains pays européens.

TWAGIRAYEZU Et en la matière effectivement en parlant de «success story», le cas le plus emblématique est celui de M-Pesa, un système de paiement mobile lancé au Kenya qui est devenu un grand succès là-bas. Au niveau mondial, il est connu pour être le seul système de paiement mobile largement utilisé dans le pays. Il y a plus de 20 millions d’utilisateurs réguliers et il n’y a pas un seul pays au monde où un seul système de paiement mobile est aussi populaire. Et ils sont devenus pionniers et ils sont même en train de venir conseiller l’implémentation de systèmes similaires en Europe.

Quels sont les projets de développement de LuxAfrica?

TWAGIRAYEZU On a initié un partenariat avec ChinaLux et on réfléchit soit à des conférences soit à des thèmes pour présenter les liens entre la Chine et l’Afrique.

MOUFTAOU On espère organiser un évènement avec ChinaLux avant la fin de l’année. On travaille avec eux à la définition d’une date, on a déjà plus ou moins les thèmes. Le deuxième projet, c’est que les «working groups» dont j’ai parlé puissent arriver avec des propositions écrites. Elles ont pas mal avancé.

TWAGIRAYEZU Dans le cadre de nouer des liens avec les hommes d’affaires du continent qui viennent ici, il y a un groupe d’hommes d’affaires du Nigéria qui va venir au Luxembourg en juillet pour un tournoi international de polo. Et nous allons profiter de cet évènement pour organiser un rendez-vous à côté.


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