Cela fait des décennies que le fils aîné d’Albert de Belgique attendait de monter sur le trône. Déjà en 1993, à la mort de son oncle et mentor le roi Baudouin, Philippe espérait devenir roi, après sa formation reçue de l’intéressé. Mais à l’époque, le jeune homme de 33 ans est jugé insuffisamment prêt pour ce rôle par la classe politique, tant il est encore célibataire et surtout introverti. C’est donc son père, Albert, qui prend la couronne. Pendant ce temps, il tente de parfaire ses lacunes.
L’avancée la plus remarquable est très certainement l’annonce de ses fiançailles, en septembre 1999, avec Mathilde d’Udekem d’Acoz. De treize ans sa cadette, elle apporte une touche humaine au prince, et surtout une dimension glamour à la royauté belge. Ensemble, ils ont quatre enfants dont Elisabeth, née en 2001 et appelée à être la première reine des Belges.
Un personnage flou
Tous ces évènements contribuent un peu à humaniser un personnage somme toute flou. Autant Albert II a beaucoup communiqué sur ses hobbies (dont la moto), autant Philippe reste très discret. Dans un portrait dressé par le Palais, le futur souverain est qualifié comme étant «féru d’histoire, de littérature et de philosophie.» Dernièrement, Philippe s’est affiché en mode sportif, en participant aux 20 km de Bruxelles, en mai dernier.
Depuis l’intronisation de son père, l’héritier a entrepris 85 missions économiques à l’étranger. Ces opérations sont l’occasion pour des entreprises belges de conclure d’importants contrats, et de faciliter les contacts. Paradoxe, ces voyages ont parfois été le théâtre de tensions. En 2004, le prince accorde une interview lors d’une mission en Chine. Évoquant le parti d’extrême droite Vlaams Belang, il ne mâche pas ses mots: «Ils auront affaire à moi. Je peux être coriace. Je ne me laisserai pas marcher sur les pieds.»
Du travail à faire côté flamand
En sortant de sa réserve, le cousin du Grand-Duc Henri provoque un tollé en Flandre, et se fait même recadrer par le Premier ministre de l’époque, Guy Verhofstadt. Car si en Wallonie le futur souverain bénéficie d’une certaine popularité, il en va tout autrement en Flandre. Sa maîtrise du néerlandais laisse à désirer, sans oublier sa timidité qui renvoie une image très renfermée à une communauté de plus en plus encline à revoir à la baisse la fonction royale. D’ailleurs, le nouveau souverain aura du pain sur la planche l’an prochain, face aux indépendantistes flamands de la NV-A qui menacent déjà de faire bloquer la première formation d’un gouvernement sous l’égide de Philippe. Voilà aussi et sans doute pourquoi dans certains rangs, on s’affaire à arrondir les angles. Depuis l’annonce de l’abdication d’Albert II, le 3 juillet dernier, le Premier ministre francophone Elio Di Rupo martèle que Philippe est prêt à régner, alors qu’il y a encore quelques semaines, personne n’aurait osé l’affirmer. Dans les médias, des témoignages «pro-Belgique» sont relayés à tous vents, tandis que les rayons des supermarchés se dotent de gadgets à l’effigie de la Belgique et de sa monarchie. Bref, une opération rondement menée pour tenter de décrédibiliser les indépendantistes flamands, sur fond d’effet nouveauté.
Reste que la maison Belgique demeure encore rouillée, à commencer par son futur leader. Visiblement marqué par les tensions familiales dans les années 1960 et 1970, Philippe a vécu balancé entre familles d’accueil et personnel de maison. Ses études secondaires sont considérées comme étant médiocres, et quelques doutes entourent sa réussite à l’École Royale Militaire. Titulaire d’un «Master of Arts» en sciences politiques à l’Université de Stanford, Philippe de Belgique compte davantage sur ses expériences de terrain et surtout, sur son épouse, pour faire de son règne une réussite.


