LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

L’année 2018 n’est pas un bon cru pour PwC qui a publié ses résultats annuels lundi

Fini les discours tonitruants, les années «exceptionnelles», PwC Luxembourg semble être dans une année de transition. Si la croissance globale est de 4,21%, le secteur «Tax» est lui en recul de 2%. Le cabinet a réalisé un chiffre d’affaires de 464,4 millions d’euros pour l’exercice clos le 30 juin 2019, contre 445 millions d’euros l’an dernier. John Parkouse, CEO, évoque ces difficultés: «Du point de vue des entreprises, ici au Luxembourg, cette année a été plus difficile. L’évolution de la réglementation et du ralentissement économique général se répercutent sur nos résultats».

Le Big4 a en effet perdu le juteux marché allemand de tax reporting où il était jusque-là le leader en la matière. La régulation MIFIDII a simplifié le système, ce qui a donc affaibli la valeur ajoutée des services de PwC. Un coup dur pour la firme qui s’inscrit dans un contexte général plus difficile. Ainsi, la fiscalité pour les entreprises au Luxembourg pourrait devenir bien moins intéressante, explique Gerard Cops, «Tax Leader»: «Le taux d’imposition pour les sociétés est de 25% au Luxembourg, c’est beaucoup et c’est bien plus que d’autres petits pays comme l’Irlande ou la Suisse. Jusque là les déductions fiscales permettaient de faire baisser ce taux, mais avec les nouvelles normes en vigueur, les impôts pour les entreprises vont repartir en flèche, en particulier pour les entreprises de support, dans le domaine de la propriété intellectuelle. Il sera difficile de rester compétitif et il faut s’attendre au départ de nombreuses entreprises si rien n’est fait du côté du gouvernement». Le spécialiste estime néanmoins que les secteurs de l’asset management et des fonds, les piliers de l’économie luxembourgeoise, ne seront pas touchés par ces nouvelles mesures.

«Le gouvernement va devoir ménager son électorat»

Pour François Mousel, «Clients and market Leader», il ne faut pas oublier d’où le Luxembourg tire sa richesse: «Le gouvernement va devoir ménager son électorat. Oui, les déductions fiscales sont vues comme des “cadeaux” faits aux entreprises, mais il ne faut pas oublier que 25% de la manne des impôts sur le revenu viennent uniquement des holdings au Luxembourg. C’est beaucoup, et sans cette manne, le confort social serait bien moindre dans le pays».

Avec une vue d’ensemble grâce à son large portefeuille de clients, PwC s’est attelé, en partenariat avec l’UEL, à donner plus de visibilité à l’Etat sur les mouvements d’entreprises. Si il est encore trop tôt pour révéler publiquement les résultats des analyses en cours, le gouvernement devrait avoir rapidement un état des lieux de la situation fiscale des entreprises et agir proactivement avant qu’elles ne décident de quitter le pays.

Mais ce qui change profondément le paysage, c’est la gestion des données et la robotisation de certaines tâches. Même si les dirigeants martèlent que les robots ne remplaceront pas les humains, que le savoir-faire ne sera pas dépassé par l’intelligence artificielle, tous les secteurs vont devoir s’adapter en profondeur. PwC a donc mis en place mondialement un large plan de formation en interne, avec à la clé 3 milliards de dollars d’investissement sur les quatre prochaines années. Un enjeu énorme qui change les règles du jeu dans un secteur où le turn-over était jusque-là légion.

Au cours de l’année 2018, tous les Big4 ont perdu des éléments happés par les régulateurs, par jeu de chaises musicales, car ces derniers ont fort à faire avec les conséquences du Brexit. PwC Luxembourg n’a pas échappé au phénomène et devrait embaucher quelque 300 personnes dans les semaines à venir, pour passer la barre des 3.000 employés durant le premier semestre 2020. Au-delà de la «rotation naturelle», à hauteur de 17% chez PwC, la firme a pour ambition de retenir ses talents et de les former en interne: «Les profils ont changé, par exemple pour l’audit nous sommes passés de comptables à analystes financier. Les seuls profils économiques et financier ne vont plus suffire, mais nous allons proposer ces formations en interne pour garder nos talents. La concurrence est grande, d’autant qu’il est désormais moins prestigieux pour les jeunes générations de travailler dans les Big4 et d’y faire carrière», regrette Rima Adas, Deputy CEO.

Le mot d’ordre est désormais l’anticipation, avec comme modèle le gouvernement luxembourgeois qui a misé sur l’«upskilling» des demandeurs d’emploi: «Au lieu de licencier puis embaucher de nouveaux profils, il faut anticiper les changements à venir. Les fonds publics ont été ainsi alloués à la formation pour éviter que les employés soient licenciés, au lieu que ces fonds deviennent des indemnités chômage. Cette façon de faire n’existe nulle part ailleurs, c’est une solution innovante», explique François Mousel.

Année forte pour l’assurance

Du côté des bonnes nouvelles, l’activité «assurance» a connu une année extrêmement forte avec une croissance de plus de 8%, liée à une croissance particulière dans le secteur Alternatives - Private Equity et Real Assets - que le groupe considère comme un important moteur de croissance pour le Luxembourg.

A noter également une croissance résultant de l’augmentation de substance au Luxembourg résultant à la fois de l’élargissement du programme BEPS (L’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices) et, bien entendu, de la restructuration due au Brexit. L’assurance plus large, en dehors de l’audit des états financiers, concernant les risques auxquels les clients sont confrontés, a connu une croissance de 36% d’une année sur l’autre. La cybersécurité étant un secteur plein de potentiel pour l’acteur luxembourgeois.