LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les banques à l’aune des défis de la crise Covid-19

C’est avec une conférence de presse physique, et distanciation sociale de rigueur, que l’ABBL a choisi mercredi de faire le point sur le secteur bancaire. Le président de l’Association des banques et banquiers, Luxembourg (ABBL), Guy Hoffmann a salué la «bonne performance globale» d’un secteur «toujours solide» en 2019, dans un contexte de taux d’intérêt très bas qui reste pénalisant.
L’ABBL montre dans son bilan annuel un produit net bancaire en progression de 2% sur un an, à 12,049 milliards d’euros pour les 127 banques luxembourgeoises (en recul de 8 établissements). L’emploi dans les banques s’est maintenu à 26.330 salariés, pour des frais de personnel et d’administration en hausse de 8,5%, à 7,3 milliards d’euros. Le résultat avant provision s’établit à 4,749 milliards d’euros (-6,4%).

La note AAA maintenue

Les dépôts des ménages luxembourgeois se sont élevés à 79 milliards d’euros en 2019, sur un total de 658 milliards d’euros. Les prêts pour les résidents ont atteint 38 milliards d’euros en 2019, soit 11 milliards de plus qu’il y a cinq ans. Ces prêts concernent en grande majorité l’immobilier (33 milliards d’euros). Les prêts aux entreprises luxembourgeoises se sont élevés eux à 28 milliards d’euros (+7,7%). Au total, 665 milliards d’euros ont été empruntés l’an passé (+6,4%).
Avec une crise qui a bouleversé l’échiquier mondial, la place financière luxembourgeoise est parée pour affronter la tempête économique qui va s’abattre sur le monde dans les semaines et les mois à venir. «Nous avons un avantage compétitif qui va se renforcer au niveau européen. Malgré la crise, la note AAA du Luxembourg est maintenu avec une perspective stable», explique le vice-président Pierre Etienne.
Le pays va donc devoir encaisser les conséquences d’une pandémie mondiale, mais avec de quoi voir venir. «Le PIB va baisser cette année de 6%, mais c’est mieux que des pays voisins qui vont voir leur PIB baisser plutôt de 10 à 12%», poursuit Pierre Etienne. Pour ce dernier, la reprise sera donc difficile pour eux, mais plus facile pour le Grand-Duché.

75% des demandes de prêts accordées

C’est un rôle de premier plan qu’a joué le secteur, notamment en relayant les aides étatiques, par des moratoires sur les prêts existants, et des prêts aux entreprises pour soutenir l’économie. L’association des banques a relevé qu’au 19 juin, ce sont plus de 1.000 prêts qui ont été demandés par les entreprises, pour un montant total de 146 millions d’euros. En moyenne, 75% de ces demandes ont été accordées. À cela s’ajoutent 18.386 demandes de moratoires, pour un montant total de 3,7 milliards d’euros, avec un taux d’approbation de 97%.
Du côté des défis, le secteur n’est pas à la fête. Il prévoit un impact sur les revenus et l’emploi, avec des répercussions sur l’économie dans son ensemble. Le ralentissement économique s’ajoute ainsi à la pression continue qui pèse sur les coûts, notamment en raison des réglementations, des investissements en infrastructure IT et de la rétention des talents.
La pression des coûts s’est vue sur la transformation dans l’urgence de tous les postes de travail pour le télétravail. «Il a fallu acheter du matériel pour travailler de la maison, adapter les systèmes informatiques et parer aux risques de cyberattaques, qui est une réelle crainte pour le secteur», explique le vice-président. Les banques ont en effet dû mettre tous leurs salariés en télétravail en seulement quelques jours dès la mi-mars. Un exploit logistique, où le secteur a démontré «sa rapidité d’organisation. Les banques sont passées de la centralisation à la décentralisation en télétravail», remarque le dirigeant.