LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La ligne TGV Paris-Strasbourg est entachée d’incohérences, pointe la Cour des comptes

Sa construction avait déjà fait débat, les choix financiers qui l’entourent posent aussi question. La ligne à grande vitesse de l’est de la France comporte des points d’arrêts «classiques», à savoir des villes comme Reims, par exemple. Mais côté lorrain, une gare a été construite à Louvigny, «en rase campagne», critique la Cour des comptes dans son rapport annuel. Géographiquement, ce point d’arrêt se situe à mi-distance entre Nancy et Metz. Mais d’un point de vue pratique, la gare en question n’est accessible qu’en voiture. Étrange, pointent les magistrats. D’autant que la seconde phase du projet LGV Est prévoit la construction d’une deuxième gare, à 20 km de la première. À Vandières, le TER passe déjà. «Une gare de trop», souligne la Cour dans son rapport.

Financement local, dimension locale

Et pour expliquer ces choix, un coup d’œil au mode de financement de la ligne Paris-Strasbourg s’impose. Il s’agit de la première liaison à grande vitesse cofinancée par les collectivités locales. Elles sont intervenues à hauteur de 24% pour la première phase (inaugurée en 2007), et contribuent à 32% dans la seconde, actuellement en chantier. Pour la Cour, «la recherche de cofinancements et la compétition entre les collectivités pour l’accès au TGV ont fragilisé le pilotage du projet. Celui-ci y a perdu en cohérence, tandis qu’étaient avalisés des choix d’investissements critiquables.» Bref, l’appétit pour la ligne à grande vitesse a été tel que certaines municipalités y ont perdu la raison.

Interrogé par lor’actu.fr, le président du conseil général de Moselle a pour ainsi dire enterré le projet de la deuxième gare, celle de Vandières. «Je n’ai pas l’impression que le projet de Vandières avance réellement. Je pense surtout que ce rapport met un terme aux grandes discussions qu’on a eu pour cette gare», a réagi Patrick Weiten. Quant au choix opéré à Louvigny, le responsable a reconnu que ce n’était sans doute pas le choix le plus judicieux, et «qu’il ne faut pas refaire cela et il ne faut surtout pas faire Vandières.»

Et si les erreurs sont aujourd’hui soulignées voire reconnues, force est de constater que le chantier de la phase n°2 est en cours, et dès lors, magistrats financiers et élus locaux semblent avoir un train de retard.