LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La plateforme Letzshop a été lancée il y a six mois - Premier bilan

Jerry Klein est responsable du projet Letzshop, piloté par le GIE «Luxembourg for Shopping» et financé par le ministère de l’Économie, seize villes et communes du Grand-Duché de Luxembourg, la CLC ainsi que la Chambre de Commerce. Même s’il est difficile de donner des chiffres après seulement six mois d’existence, Jerry Klein esquisse déjà une tendance pour l’e-commerce luxembourgeois.

Est-ce que la plateforme Letzshop est déjà connue du grand public?

Jerry KLEIN C’est difficile à dire encore, car nous avons une vision à long terme pour ce projet. La notoriété d’une plateforme comme celle-ci va prendre du temps, nous étions tellement en retard! Amazon ne s’est pas fait en un jour… Bien sûr nous n’avons pas du tout la prétention de concurrencer les mastodontes du secteur, mais nous avons démarré et il était temps de s’y mettre. Tout ce que je peux dire, c’est que pour les trois premiers mois, c’est à dire jusque décembre, nous avons eu 175.000 visites, depuis le début de l’année nous en avons eu 200.000, donc cela va doucement, mais sûrement.

Du côté des adhérents, les commerçants, sont-ils convaincus par cette formule?

KLEIN C’est là aussi un travail de longue haleine. Mais au lancement nous avions une centaine de commerçants en septembre, nous en avons aujourd’hui 190 avec quelque 300 qui ont signé pour l’«onboarding». Là aussi cela prend du temps, car il faut prendre des photos professionnelles de la boutique et des articles en vente, puis faire des textes descriptifs en deux langues parfois, cela dépend des commerces, il faut s’adapter à leurs demandes.

Ce n’est pas évident: il faut à la fois convaincre les commerces de vendre leurs produits sur votre plateforme, et d’y attirer les clients…

KLEIN Oui, c’est un combat sur deux fronts. Convaincre le client va se faire via une croissance organique, soit le bouche-à-oreille etc. Nous avons un plan marketing sur trois ans, mais notre priorité a été d’abord de stabiliser le site. Du côté des commerçants, nous avons heureusement les seize communes qui soutiennent ce projet. A Esch il y a par exemple actuellement 54 magasins qui sont vides, c’est une situation assez dramatique. Le but est de faire connaître les commerces via la plateforme, les faire vivre autrement et à terme amener les clients physiquement en magasin. Notre force est d’avoir deux formules avec la livraison mais aussi le «clic & collect». Cela permet de trouver ce que l’on veut sur Letzshop, mais d’aller en magasin pour avoir immédiatement son produit, car les commerces ne sont jamais très loin.

Certains commerces ne connaissent pas encore Letzshop, on a encore du travail à faire de ce côté mais les commerçants ont généralement une mauvaise compréhension de l’impact de l’e-commerce. Nous devons leur expliquer quasi individuellement que cela peut être un très bon outil pour se développer au lieu de rester seul avec sa boutique physique. Même notre newsletter n’est pas vraiment lue, alors il faut expliquer et expliquer encore, ça va prendre du temps, mais on va y arriver. L’intérêt de Letzshop c’est qu’avec les ventes, le nom de la boutique gagne en notoriété sur Google, plus vous vendez, plus on vous trouve facilement, c’est mécanique. Encore récemment je cherchais une marque de chaises, et sur Google j’ai trouvé une boutique spécialisée au Luxembourg qui vend ces chaises via Letzshop.

Quels sont les atouts des petits commerces luxembourgeois?

KLEIN Je crois qu’il est important de soutenir le commerce local, et puis pour les clients c’est quand même plus intéressant d’avoir quelqu’un de physique à qui s’adresser en cas de problème. Il est aussi finalement logique d’aller voir ces commerces, mais encore faut-il savoir qu’ils existent, c’est là que la plateforme entre en jeu.

Quels sont les articles qui marchent le mieux pour l’instant?

KLEIN Pour le moment ce sont les livres. De nouveaux clients commandent chez Ernster alors qu’ils ne venaient pas dans les magasins, ils se font livrer. C’est une bonne nouvelle car cela veut dire que c’est une bonne alternative à d’autres marchands bien connus, et que des clients découvrent l’enseigne. Les jouets marchent bien aussi, ainsi que l’épicerie fine, les boissons, le traiteur.

Est-ce qu’on peut s’attendre à des nouveautés dans les semaines à venir?

KLEIN Nous avons lancé une nouvelle fonctionnalité en février, celui des cadeaux, avec emballage et mot de remerciement. Nous planchons également sur des bons d’achat sur la plateforme à offrir. Cela devrait être disponible pour les entreprises d’ici à la fin du premier trimestre de cette année, pour remercier des collaborateurs ou des stagiaires par exemple. Nous aurons aussi un filtre pour pouvoir viser uniquement les produits du Luxembourg, pour mettre en avant le savoir-faire et le terroir, je pense que cela répond à une attente et peut permettre à Letzshop de se démarquer.

www.letzshop.lu

Letzshop

Mode d’emploi

La plateforme est née il y a six mois à grands coup des financements publics, état, communes, CLC et Chambre de commerce. Ces derniers ont allié leurs forces pour donner le jour à une Letzshop, qui fait la part belle aux commerçants indépendants. Ces derniers souffrent, ils sont bien seuls face aux mastodontes de l’e-commerce et luttent à armes inégales. Il est aujourd’hui pratiquement impossible pour un petit commerce de développer un site internet digne de ce nom, pouvoir y passer commande mais surtout être visible sur l’implacable moteur de recherche Google. En se regroupant sous la bannière Letzshop, les commerçants ne sont plus seuls. Mais comment ça marche? Du côté des commerçants ces derniers rejoignent la plateforme en déboursant 500 euros par an: quelques photos professionnelles plus tard pour présenter la boutique et les gérants (le commerce de proximité est mis en avant, c’est important de personnaliser), ces derniers choisissent les articles qu’ils mettront en vente sur la plateforme. Il n’ont plus qu’à attendre les commandes, ces dernières seront livrées ou attendront le client sous forme de «Click & collect». Facile, Letzshop s’occupe de tout le reste! Pas d’ennui technique avec le site, facilité de mise en ligne, les commerçants qui participent s’accordent à dire que pour eux ce n’est pas compliqué. Du côté des clients, il est possible de chercher un article en général et très spécifique et de voir s’il est vendu dans l’une des boutiques de la plateforme. L’intérêt c’est qu’on découvre des commerces insoupçonnés, parfois même à deux pas de chez soi. C’est aussi un acte quasi militant dans certains cas. Pour les livres, plutôt que de commander chez Amazon, on peut préférer commander chez un libraire indépendant. Le résultat est le même puisqu’on est livré quelques jours plus tard. Reste que le marché est petit et que les consommateurs luxembourgeois ont été depuis longtemps habitués à faire leur shopping en ligne sur des plateformes étrangères, il faudra du temps pour que Letzshop devienne un réflexe. AS