LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Voilà la conclusion du rapport sur la participation qatarie dans Cargolux demandé par le Parlement

La conclusion de l’auditeur Didier Mouget est claire: «Nous n’avons eu aucune indication que quiconque n’a eu un comportement inapproprié.» À en croire le document concocté par les consultants de PricewaterhouseCoopers, le deal conclu entre le Ministre des Finances Luc Frieden (CSV) et le Qatar en 2011 aurait donc été conclu sans aucune faveur. Remis hier aux députés et présenté ensuite à la presse, le rapport sur la prise de participation qatarie dans Cargolux détaille les pistes envisagées à l’époque par les autorités, comme un partenariat avec Etihad Airways. D’autres entreprises ont également montré leur intérêt pour la compagnie fret luxembourgeoise, dont le chinois HNA, Cobelfret, Ackermans & Van Haaren ou encore, un consortium américain. Mais de trop fortes divergences sont survenues, et ont donc écarté ces investisseurs.

Qatar Airways le plus intéressant

Et si au début le Qatar ne répondait pas aux demandes du Luxembourg qui recherchait un partenaire industriel capable de renforcer l’activité du Findel et ouvrant des portes sur d’autres régions du monde, le Premier ministre qatari a répondu favorablement à ces critères en février 2011, précise le rapport. Quant au prix, Luc Frieden exclut tout bradage et se positionne plutôt comme le coupeur de poire en deux, à 117,5 millions USD soit entre les exigences des deux parties. «Le Qatar est ressorti de plusieurs analyses stratégiques comme l’un des partenaires stratégiques les plus intéressants pour Cargolux», plaide Didier Mouget.

Le «managing partner» de PwC Luxembourg parle même d’un «accord conclu à la satisfaction de tous.»

Analyse luxo-luxembourgeoise

Commandé en décembre dernier par la Chambre des Députés, ce rapport a coûté un peu plus de 200.000 euros, aux dires de son co-auteur. Entre janvier et mars dernier, 24 personnes impliquées dans le dossier ont été interrogées. Qui? Motus sur les noms: «On voulait vraiment que les personnes puissent s’exprimer librement», argumente Didier Mouget.

Le ministre des Finances a simplement indiqué que ces individus sont des ministres ou d’anciens ministres, leurs principaux fonctionnaires, des dirigeants de Cargolux, des actionnaires et les principaux administrateurs. Aucune entrevue n’a été entreprise du côté du Qatar, «nous n’avons pas jugé utile de le faire», déclare le représentant de PwC. Le rapport contient aussi des annexes, à savoir des contrats entre Cargolux et ses actionnaires.

«Elles seront sans doute ouvertes aux députés mais sans plus et cela, pour protéger les intérêts commerciaux de Cargolux», se défend Luc Frieden.

Quant aux dividendes perçus par au moment de son retrait de la compagnie fret, le document remis hier parle d’un surplus avoisinant les trois millions d’euros, soit moitié moins que demandé. PWC avance même que l’ancien actionnaire aurait même subi une perte (en euro) dans son investissement. Pour les protagonistes, ce rapport apparaît donc complet et répondrait à toutes les interrogations des députés.

«Il appartiendra au Parlement et aux commissions de poser d’éventuelles questions si elles subsistent», ajoute Luc Frieden.

DP: un bien curieux rapport

Les réactions côté politique ont été mitigées après la présentation du rapport en commission parlementaire des finances hier matin. Alors que le président Michel Wolter (CSV) a estimé que tout était clair dans le dossier, Fernand Etgen (DP), a qualifié de «petit scandale» le fait que la même société de conseil qui était déjà aux côtés du gouvernement pour accompagner Cargolux dans ses affaires avec Qatar Airways ait été chargée d‘établir le rapport sur la transaction. Pour Etgen, il est également curieux que le ministre qui a été le plus en ligne de mire des critiques dans cette affaire, présente le rapport. Ce dernier devra maintenant faire l’objet d’une analyse en profondeur à la Chambre des Députés.

Idéalement, comme le souhaite le DP, lors d’une réunion commune entre commission des finances et commission du développement durable,