ESCH-SUR-ALZETTECHRISTIAN SPIELMANN

«Inconnu à cette adresse» au Théâtre d’Esch

En 1938, l’auteure américaine Kathrine Kressmann Taylor a écrit son premier livre «Address Unknown» (Inconnu à cette adresse) qui a été publié dans «Story Magazine». Le livre raconte sous forme de lettres l’amitié qui lie l’allemand Martin Schulse et Max Eisenstein, un célibataire aux origines juives. Ils sont associés dans un commerce de tableaux à San Francisco. Schulse retourne à Munich en 1932, et les deux amis commencent à correspondre dès lors par lettres entre novembre 1932 et mars 1934. William Cameron Menzies a réalisé en 1944 un film d’après le livre, avec Paul Lukas et Morris Carnovsky dans les rôles principaux. Au Théâtre de la Pépinière Opéra à Paris, le livre est monté comme pièce de théâtre en septembre 2001. La pièce est reprise en janvier 2012 au Théâtre Antoine et continue d’y être jouée. «Inconnu à cette adresse» est partie en tournée dès la fin 2013. Au théâtre d’Esch-sur-Alzette, la production s’est arrêtée jeudi soir, avec les deux acteurs Charles Berling (Martin) et Michel Boujenah (Max).

Le courrier amicale s’avère diabolique

De San Francisco, Max écrit une première lettre à son ami Martin qui est parti à Munich pour y vivre avec sa femme Elsa et ses trois fils Heinrich, Wolfgang et Karl. Il est plein d’optimisme pour l’Allemagne avec sa nouvelle politique et l’opportunité de pouvoir bien y vivre. Martin raconte comment il vit dans une maison avec trente chambres, un parc gigantesque et dix domestiques qui coûtent ce que les deux ont jadis touché à San Francisco; tout ça dans un pays où la misère règne! Le spectateur commence déjà a ressentir de l’hypocrisie dans la pensée de Martin qui a été certainement poussé par d’autres sentiments que le mal du pays. En plus, il croit qu’Hitler est bon pour son pays mais toutefois il doute qu’il soit sain d’esprit. «Mais qui est cet Adolf Hitler ?», lui répond Max et lui parle de sa sœur Griselle qui est à Vienne et qui désire aller à Berlin pour y jouer du théâtre.

Martin, qui est devenu un membre du nouveau régime, lui confie que sa femme est à nouveau enceinte et que les juifs ne sont plus bien vus en Allemagne. Une lettre de Griselle parle d’effroyables tortures à Berlin. Max voit revivre le martyre ancestral et demande à Martin de protéger sa sœur pour laquelle il avait jadis de grands sentiments. L’amitié s’érode de plus en plus avec chaque lettre. D’abord, Martin s’adapte à la situation antisémite de l’Allemagne et envoie son courrier dans des enveloppes de sa banque. Puis, il annonce la mort de Griselle à Max. A cause de la censure, il demande d’arrêter le courrier, mais Max en décide autrement, supposant que son «ami» est maintenant surveillé. Finalement, la dernière lettre lui est retourné avec la mention «Inconnu à cette adresse».

Une fin ouverte

Les intentions de Max nécessitent beaucoup d’attention de la part du spectateur. Tout en supposant que Martin est surveillé par les Nazis, Max lui invente une relation commerciale avec un juif, ce qui ne fait pas le plaisir des adhérents du parti d’Hitler. Lorsque la dernière lettre retourne, on peut supposer que Martin a été déporté ou même exécuté. Pour Max c’est un acte de vengeance parce que son ancien ami n’a pas voulu protéger Griselle.

Certes, deux acteurs de renom ont su remplir la salle de théâtre. Mais il faut dire que - mis à part une interprétation honorable - leurs prestations n’avaient rien d’exceptionnel. «Inconnu à cette adresse» raconte une histoire douloureuse et tragique, mais manque d’intensité dramatique qui ne se dégage pas si simplement en regardant deux acteurs lire des textes.