CATHERINE KURZAWA

Pour la première fois cette semaine, Google s’est exprimé en personne sur son projet de data center à Bissen dont les prémices remontent à un tweet d’Etienne Schneider posté en décembre 2016. Trois ans plus tard, Google est devenu propriétaire de 33,7 ha de terrains et a introduit un PAP. Et puis? Rien. Tout juste a-t-on appris jeudi que les questions des capacités du réseau électrique luxembourgeois n’étaient pas résolues, de même que le moyen utilisé pour refroidir les serveurs et que le Luxembourg ne figurait même pas sur la shortlist du géant américain pour le développement de son parc de data centers: c’est le Grand-Duché qui est venu à lui.

La stratégie Digital Lëtzebuerg initiée en 2014 souhaite semble-t-il s’étoffer avec la venue d’un autre «grand» nom. On a beau être le champion européen des data centers Tier IV, on en veut toujours plus. On veut Google, cette cerise sur le gâteau qui donnerait au pays un air de Silicon Valley, avec le climat californien en moins. Je pose la question: qu’est-ce que Google peut apporter au Luxembourg et à son économie? Aux Pays-Bas, le groupe affirme que son data center a généré 800 millions d’euros de retombées sur son PIB… depuis sa mise en service en 2016. Pour info, Google y exploite deux centres de données répartis sur 90 ha (soit trois fois plus de superficie qu’à Bissen) et s’apprête à en ouvrir un 3ème. Ici, le projet est non seulement hypothétique mais en plus très petit, en comparaison avec les autres implantations de Google en Europe. On parle d’un data center voire deux à terme. Qui plus est, alors qu’au Grand-Duché le géant américain est entraîné dans les vicissitudes administratives à vitesse d’escargot, il annonce des extensions de ses capacités existantes sur ses sites opérationnels. Il n’y a pas photo. Au lieu de demander à Google de venir comme un enfant demande à Saint-Nicolas de lui apporter son jouet préféré, n’y aurait-il pas des aspects plus concrets sur lesquels travailler la promotion du Luxembourg?

Un Etat a le pouvoir de décider d’éléments qui font que le pays est attractif ou non. La fiscalité, le système des soins de santé, la sécurité mais aussi l’éducation et la qualité de vie sont autant d’éléments déterminants. Je ne connais personne qui s’est expatrié à Saint-Ghislain en Wallonie parce que Google y avait ouvert voici dix ans un centre de données. Quant aux entreprises, elles cherchent avant tout de la prévisibilité et un environnement d’affaires propice couplé à une taxation douce.

Google est une cerise sur le gâteau que le Luxembourg veut s’offrir. Pour dire «moi aussi, je suis sur la carte». Mais franchement, est-ce que le jeu en vaut la chandelle?

Est-ce que la centaine d’emplois directs potentiellement générée par Google mérite tout ce ramdam à savoir une interminable procédure administrative, la construction d’un mécanisme de refroidissement des serveurs ou encore le renforcement des capacités du réseau électrique? A mes yeux, Google n’est donc qu’une cerise sur un beau gâteau. Une cerise encombrante, énergivore et surtout bien flétrie quand on pense à tout le temps que cela prend pour, finalement, déboucher trois ans plus tard sur «rien de concret», de l’aveu même de Google.