LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le passage à l’euro fut un processus de longue haleine orchestré au Luxembourg par la BCL et le ministère des Finances

Ce qui change au niveau des coupures et des monnaies en euro

Moins de billets, plus de pièces

Alors que les billets de 500 euros ne seront plus émis par 17 des 19 banques centrales à partir du 27 janvier, de nouveaux billets de 100 et 200 euros entreront en circulation le 28 mai prochain et la création de monnaies sonnantes et trébuchantes continuera à se faire en grand volume. Les billets de 500 euros sont vus d’un mauvais oeil par les autorités qui considèrent qu’ils facilitent les activités illégales. C’est pour cette raison que la Banque Centrale Européenne avait décidé en mai 2016 d’arrêter de produire ce type de billet et avait programmé la fin de son émission aux alentours de fin 2018. Les coupures de 500 euros actuellement en circulation resteront toutefois „légales et pourront par conséquent continuer à être utilisées comme moyens de paiement“, signale la BCE. Les coupures de 500 euros représentent 2,4% du nombre de billets en euros en circulation mais un peu plus de 20% de leur valeur cumulée, soit environ 261 milliards d’euros, selon les dernières statistiques de la BCE. Au total, près de 521 millions de coupures de ce type étaient en circulation en novembre dernier. En pratique, les derniers billets de 500 ont été fabriqués en 2014. Depuis, la demande est couverte par les billets en circulation et en stock. A noter que l’Autriche et l’Allemagne ont obtenu un délai supplémentaire pour continuer à émettre les billets „roses“.

Sécurité oblige

Parce que les technologies de protection contre la contrefaçon évoluent, la BCE et les banques centrales, responsables de l’intégrité des billets de banque en euros ont décidé de renouveler les différentes coupures. Ainsi, de nouveaux billets de 5, 10, 20 et 50 euros sont entrés en circulation en 2013, 2014, 2015 et 2017. En 2019, c’est au tour des coupures de 100 et 200 euros. En plus, les nouveaux billets ont une durée de vie plus longue, grâce au papier unique utilisé. D’autres caractéristiques de sécurité:l’impression en relief, le portrait en filigrane, le fil de sécurité, des fenêtres qui montrent un hologramme lorsqu’on tourne le billet, des microlettres et des éléments qui n’apparaissent qu‘à l’aide de lampes UV ou infrarouge. A noter que les billets de 100 euros représentent 12,7% des billets en circulation et les billets de 200 euros 1,2% seulement. Les billets de 50 euros comptent pour 46,4% des billets en circulation, ceux de 20 euros pour 17,4%, ceux de 10 euros pour 11,4% et ceux de 5 euros pour 8,6%. A noter que seulement onze imprimeries européennes hautement sécurisées produisent les billets.
Alors que le débat sur l’utilité des pièces de 1 et 2 centimes revient de temps en temps et que les Pays-Bas, la Finlande et l’Irlande ont déjà pris l’habitude d’arrondir les prix à cinq centimes - ce qui n’empêche pas que les petites monnaies continuent d’y avoir cours légal - les pays de l’eurozone continuent de produire des euro-monnaies en grand volume. Les 19 Euro-Etats comptent ainsi frapper cette année 2,1 milliards de monnaies dont 488 millions de monnaies de collection. Chaque pays peut en frapper deux par an. La première pièce de collection de deux euros a été frappée par la Grèce en 2004 à l’occasion des Jeux Olympiques. Fin novembre 2018, 130,1 milliards de monnaies en euros étaient en circulation dont 27,2% de pièces de 1 cent, 20,9% de 2 cents, 16,2% de 5 cents, 11,6% de 10 cents, 8,9% de 20 cents, 4,8% de 50 cents, 5,6% de 1 euro et 4,8% de 2 euros. A noter que quatre micro-Etats européens frappent leurs propres euros: Andorre, Monaco, San Marino et le Vatican. 
Le chemin de l'euro

Marques historiques

1970 Le rapport Werner envisage l’union monétaire de la Communauté européenne
1979 L’ECU (European Currency Unit) est créee avec le Système monétaire européen (SME), dans le but de limiter les fluctuations des taux de change entre les pays membres de la CEE
1989 Le rapport Delors sur l’Union économique et monétaire propose un plan en trois phases pour arriver à la création d’une monnaie unique et d’une banque centrale européenne 
1992 L’euro est créé par les dispositions du traité de Maastricht qui transforme la Communauté européenne en Union Economique et Monétaire complète
1997 Le sommet de Madrid entérine l’engagement de 15 Etats membres en faveur d’une monnaie unique, avec un calendrier
1999 Introduction de l’euro sous forme scripturale au taux d’un euro pour 40,3399 francs luxembourgeois
2002 Introduction des pièces et billets en euro
2011 Création du Comité européen du risque systémique en charge de la surveillance macroprudentielle du système financier de l’UE
2012 Création du Mécanisme européen de stabilité (ESM) basé à Luxembourg
2014 La BCE est chargée de la surveillance des banques, dans le cadre de l’Union bancaire
2015 La Lituanie rejoint la zone euro, devenant le 19ème pays membre
2016 Plus bas niveau du taux directeur de la BCE: 0,0%
2019 Mise en circulation des nouveaux billets de 100 et 200 euros de la série „Europe“

Peu de gens l’ont oublié: 40,3399, c’est le taux de conversion entre le franc luxembourgeois et l’euro lancé il y a tout juste 20 ans. Voilà le premier élément concret pour le grand public qui attendait l’arrivée de la monnaie unique européenne. A vrai dire, le 1er janvier 1999, l’euro est devenu la devise officielle de l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, la Finlande, la France, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Portugal. Leurs devises ont ce jour-là cessé d’exister… officiellement du moins. Plus précisément, en vertu du droit européen, elle est devenue une subdivision de l’euro. Car ce n’est qu’au 1er janvier 2002 que l’euro est concrètement arrivé dans les portefeuilles.

Le lancement de l’euro sous forme scripturale a littéralement ouvert un nouveau chapitre de l’histoire économique. Six mois après la création de la BCE (Banque Centrale Européenne) et de la BCL (Banque Centrale Luxembourgeoise), les habitants des onze premiers pays adhérents à l’euro ont commencé à voir fleurir dans les catalogues et les rayons des supermarchés un double affichage des prix, dans leur devise nationale et en euros.

Commerçants et grand public parés

„Il y a eu une grande campagne de communication de la BCL à l‘époque“, évoque Peter Deutschen, qui travaille à la Section Contrôle de la circulation fiduciaire à la BCL. L’objectif était double: sensibiliser la population au changement de monnaie avec d’une part, un double affichage des prix et d’autre part, une démonstration pratique de ce à quoi ressemblerait les billets et pièces de la future monnaie unique.

„L’introduction des billets et des pièces a été une opération de logistique majeure, d’une envergure exceptionnelle qu’il fallait réussir“, se souvient Patrice Bernabei du Département Caisse et numismatique de la BCL. Les banques ont ainsi reçu, quelques semaines avant l’introduction de l’euro, des signes monétaires qui sont restés propriété de la BCL jusqu’au 1er janvier 2002. Quant aux commerçants, ils ont pu acheter un „starter kit“ comprenant des rouleaux entiers des huit pièces en euro afin qu’ils puissent rendre la monnaie en euros dès les premiers jours de mise en circulation de la monnaie unique. Le public lui aussi pouvait acheter un starter kit d’une valeur de 500 francs soit 12,40 euros qui comportait des pièces afin qu’il se familiarise avec les nouvelles pièces. „Ce „starter kit“ a d’ailleurs de nos jours une valeur parmi les numismates“, souligne Patrice Bernabei qui évoque un prix d’environ 25 euros sur certains sites web ou revues numismatiques.

Le franc LUF, toujours en circulation

Le 1er janvier 2002, nombreux sont ceux et celles à avoir été au distributeur de billets une fois les douze coups de minuit passés. Ça y est, l’euro était concrètement disponible pour tous. Mais les devises locales n’ont pas disparues du jour au lendemain. Après une période de double circulation des devises, les ancêtres de l’euro n’ont plus été acceptés dans les commerces. C‘était la fin de leur cours légal.

„Encore aujourd’hui, nous estimons que l‘équivalent de 5 millions d’euros de francs LUF sont toujours en circulation“, explique Peter Deutschen. Mais où donc se dissimule cette somme? Difficile à dire mais le comptoir numismatique de la BCL accepte encore à ce jour d‘échanger les francs LUF en euros. Attention, seuls les billets portant la mention „Institut Monétaire Luxembourgeois“ sont encore échangeables, tandis que l‘échange des pièces n’est plus possible depuis fin 2004. Des personnes se présentent parfois avec des coupures de francs LUF qu’ils ont retrouvées en vidant l’habitation d’un proche décédé par exemple ou en effectuant des travaux de rangement.

Mais „certaines personnes aiment garder des anciens billets de banque comme un souvenir“, admet Peter Deutschen. Après tout, ces objets ont fait partie de la vie quotidienne de nombreuses personnes pendant toute une partie de leur vie. Les données de la BCL en attestent: le billet de 100 francs, soit la plus petite coupure en valeur faciale, est celle qui est encore la plus en circulation avec près de 800.000 exemplaires recensés.