LUXEMBOURG
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L’épidémiologiste Serge Hercberg est le «père» du Nutri-Score - Il en explique la genèse et en tire le bilan

Les efforts de recherche d’un système simple et compréhensible sur la valeur nutritionnelle des aliments ne dataient pas d’hier quand Serce Hercberg et son équipe ont commencé à plancher sur Nutri-Score. L’Organisation Mondiale de la Santé recommandait une simplification depuis belle lurette et d’autres scientifiques s’étaient attelés à la tâche. Des travaux qui ont évidemment été considérés par l’épidémiologiste français professeur à l’université Paris-Nord dans le contexte de son rapport «propositions pour un nouvel élan de la politique nutritionnelle française de santé publique» soumis au ministère français de la Santé en janvier 2014. Le Nutri-Score faisait partie de ces propositions.

Le spécialiste de la nutrition se réjouit du 
soutien scientifique et politique du Nutri-Score Photo: Serge Raguet - Lëtzebuerger Journal
Le spécialiste de la nutrition se réjouit du soutien scientifique et politique du Nutri-Score Photo: Serge Raguet

«Nous n’avons pas seulement rassemblé les expériences d’autres projets de la sorte, mais auditonné aussi beaucoup de personnes», se souvient Serge Hercberg, heureux de constater une «dynamique positive» pour Nutri-Score, qui s’est heurté d’abord à une opposition parfois vive de la part des industriels agro-alimentaires.

300 entreprises sont partantes

Selon Hercberg, une poignée d’entreprises seulement aurait soutenu le sytème au départ; elles seraient plus de 300 aujourd’hui en France et 30 à 40% de l’offre alimentaire serait à présent estampillée Nutri-Score.

Selon un sondage commandité par la Santé publique française et publié en septembre dernier, 86% des participants identifient bien que le Nutri-Score permet de qualifier la qualité nutritionnelle des produits. Si même 87% des répondants sont favorables à l’obligation d’apposer le Nutri-Score sur les produits alimentaires, seuls 8% le citent spontanément comme un critère qu’ils utilisent pour évaluer la qualité nutritionnelle des produis - un pourcentage en hausse de 7% toutefois par rapport à un sondage pareil en mai 2018.

«Je tire un bilan plutôt optimiste», résume Serge Hercberg au vu aussi de l’intérêt que d’autres pays portent au Nutri-Score qui s’insère dans la lutte contre notamment l’obésité et les maladies cardio-vasculaires.

Face aux critiques qu’essuie le Nutri-Score, qui repose sur un système d’attribution de points à partir des nutriments contenus dans les produits, comme quoi il serait incomplet et désavantagerait tel ou tel produit, voire serait même dirigé contre des pays et leurs produits alimentaires, le spécialiste répond que la méthode s’appuye sur de vastes recherches scientifiques et qu’il ne vise qu’à fournir une transparence sur la qualité nutritionnelle des aliments et à aider les consommateurs à orienter leurs choix.

«Un score rouge ne veut pas dire qu’on ne peut pas manger ce produit», explique Hercberg, «simplement, il faut veiller à en manger en de plus petites quantités». Et bien évidemment, des produits peuvent être altérés à la transformation. Un exemple souvent cité est celui des pommes frites. Si ces bouts de pommes de terre ont un Nutri-Score vert au dèpart, elles sont logiquement moins saines si on les met dans l’huile, si on les sale et si on les trempe dans une mayonnaise. Les consommateurs s’en douteraient bien, dit Serge Hercberg qui considère qu’il y existe «beaucoup de stéréotypes» à propos de nos aliments.

L’éducation en la matière a donc elle aussi encore du chemin à faire. Nutri-Score fait entretemps le sien. Serge Hercberg est en tout cas très sollicité pour l’expliquer. Aujourd’hui, il sera ainsi au Pays-Bas, qui ont également décidé d’adopter le système. Et bientôt au Luxembourg? Il n’aurait pas encore eu d’invitation jusqu’ici, mais serait enchanté de pouvoir, indique l’épidémiologiste.