LUXEMBOURG
DR. FRANÇOISE BERTHET

Lorsqu’une partie de la population n’est pas protégée contre une maladie contagieuse, le risque que l’agent infectieux causant cette maladie «circule» au sein de la population augmente. En effet, une personne infectée est contagieuse pour les personnes avec lesquelles elle est en contact. Si parmi les contacts de la personne infectée il y a des personnes non protégées contre la maladie, ces personnes courent un risque important d’être infectées à leur tour et de développer la maladie. Ces personnes vont à leur tour être contagieuses et contaminer d’autres personnes non protégées parmi leurs contacts, et ainsi de suite: c’est l’épidémie. Pour cette raison, la Direction de la santé a effectué en 2018 la 5ème enquête nationale de couverture vaccinale, dont les résultats seront publiés prochainement. Il faut cependant toujours rappeler que les vaccinations sont un outil très important dans le combat contre les maladies infectieuses, comme le rappelle Dr. Françoise Berthet, Directeur adjoint à la Direction de Santé.

«Chaque personne non vaccinée au sein d’une population augmente le risque d’épidémie. Les conséquences sont potentiellement dramatiques pour les personnes qui ne peuvent, pour raisons de santé, pas être vaccinées ou protégées: les jeunes enfants (avant l’âge de la vaccination), ou les personnes dont le système immunitaire ne répond pas à la vaccination pour des raisons différentes.

Or, il existe toujours des cas de non-vaccinations, aussi au Grand-Duché. Dans nos pays, la cause principale de non-vaccination vient d’une mauvaise information qui met en doute leur efficacité et leur sécurité. Une grande partie de la population ne connaît pas les maladies contre lesquelles la vaccination est recommandée. Et, lorsqu’on n’a jamais été confronté au risque, lorsqu’on ne peut pas se représenter concrètement les conséquences, on peut être hésitant à vouloir se protéger contre ce risque.

Il est donc crucial d’informer correctement la population des risques que constituent les maladies qui peuvent être prévenues par la vaccination, afin de leur permettre de faire un choix éclairé.

Il y a lieu de rappeler les ravages qu’ont causé ces maladies, et qu’ils causent encore dans les régions où elles ne sont pas éradiquées. Une maladie très contagieuse comme larougeole affecte virtuellement toute la population avant l’âge adulte; les conséquences ne sont pas anodines: pneumonies et otites sont des complications fréquentes, l’hospitalisation est souvent nécessaire pour les bébés, les adultes, et en particulier les femmes enceintes. Mais c’est surtout l’encéphalite, une atteinte du cerveau qui est mortelle dans 50% des cas et qui laisse fréquemment des séquelles avec un handicap lourd, qui est particulièrement redoutée, même si elle ne survient que chez une personne sur mille. Or, il est démontré que la vaccination protège de manière efficace (plus de 98% de protection) contre la rougeole et ses conséquences.

Cependant, il arrive que le public soit confronté à des informations contradictoires, et qu’il ne sache pas distinguer les informations fiables, qui reposent sur des données et des faits démontrés, d’autres informations qui sont véhiculées par des réseaux ou groupes idéologiques, et qui reposent sur des faits anecdotiques, des associations non démontrées ou des croyances. Il est donc important d’éduquer la population à discerner la qualité de l’information et des sources d’information; il s’agit bien d’une question d’éducation à la santé – ou “Health Literacy” en anglais. Il est cependant tout aussi important que les professionnels du secteur de la santé puissent jouer leur rôle de “relais de confiance” en prodiguant une information fiable et de qualité sur les vaccins, leur efficacité, leur sécurité, et les maladies contre lesquelles ils protègent. La population ne doit pas hésiter à s’adresser à ces professionnels afin de trouver les réponses à leurs questions.»