LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

En pleine crise économique, Michel-Edouard Ruben rappelle le rôle des seniors sur le marché du travail

La crise du COVID-19 touche tous les secteurs et tous les pans de la population, mais l’économiste de la Fondation IDEA Michel-Edouard Ruben s’est penché en particulier sur le sort de seniors sur le marché du travail. Moins enclins à se faire embaucher, à bénéficier de formations, les plus de 55 ans souffrent aussi d’un chômage qui a plus de chance d’être de longue durée: les seniors souffrent de sous-activité. Les plus de 55 ans sur le marché du travail, c’est d’abord un effet du vieillissement de la population, ils étaient 8% en 2009, ils sont désormais 13% aujourd’hui. «Le Luxembourg est le dernier de la classe en Europe sur l’activité et la formation des seniors», indique Michel-Edouard Ruben. 

La crise sanitaire a fait place à une crise économique profonde, un drôle de siècle rappelle l’économiste car nous en sommes déjà à la 4e crise: L’explosion de la bulle des .com en 2000-2001, les subprime de 2008, celle de la zone euro en 2010-2012, et l’actuelle crise du COVID-19. Mais la particularité de cette crise-ci, c’est que personne n’avait pu la prévoir: «Lors des trois premières crises, le PIB est resté positif ou à l’équilibre, alors que cette année il s’agit d’un véritable plongeon. Dans le passé, les marchés financiers se sont effondrés et les effets sur l’économie étaient moins grave, aujourd’hui c’est l’inverse qui se produit avec un marché qui résiste bien», note l’économiste. Le PIB devrait retrouver son niveau de fin 2019, en... 2022. Mais on aurait tort de croire que la situation est inédite, le rebond est même très rapide puisque lors des crises précédentes, les conséquences étaient plus profondes et la reprise plus longue: «Lors de la crise de la sidérurgie à la fin des années 70, il a fallu 17 trimestres pour que le PIB reprenne son niveau d’avant-crise».  

Risque de chômage de longue durée plus important

Et qui dit crise, dit montée du chômage, avec un pic au mois de juin dernier au Luxembourg, qui s’est couplé avec un boom du chômage partiel, ce qui a eu «un impact très important sur le marché du travail, tous secteurs confondus», indique Michel-Edouard Ruben. Jusque-là, la croissance de l’emploi était toujours très dynamique au Luxembourg, soit la création de 12.000 emplois par an. La crise a stoppé cette tendance, avec notamment une recrudescence du chômage des jeunes. «Un volet de 47 milliards d’euros du plan de relance européen a été consacré à l’emploi des jeunes, une prime de soutien à l’apprentissage a été créé au Luxembourg, des actions qui vont dans le bon sens, estime l’économiste. Mais du côté des seniors, le risque de chômage de longue durée est pourtant plus important: «En France, les seniors sont trois fois plus longtemps au chômage que les jeunes», d’autant qu’en temps de COVID-19, les seniors sont plus enclins d’être des personnes à risque, surtout dans les secteurs très exposés comme la construction, le commerce, les transports ou encore l’Horesca. Ils sont moins enclins à vouloir travailler également, de part leur position de population plus à risque, notamment lorsqu’il s’agit d’emplois que l’on ne peut pas effectuer en télétravail.  

Au vu de leur taux d’activité faible et d’un chômage de longue durée plus persistant, les compétences des seniors sont dépréciées: «il faudrait mettre en place une garantie pour seniors sur le modèle de ce qui a été fait pour les jeunes», préconise l’économiste.  

Pour Michel-Edouard Ruben, les solutions à la problématique de la sous-activité des seniors sera réglée par une meilleure santé de l’économie en général: «Ce qui est bon pour l’économie est bon pour les seniors», résume l’économiste. Dans ce domaine, l’Etat luxembourgeois jouerait son rôle de «socialiste pandémique» en maintenant l’économie à coup d’aides et dans une logique d’avances remboursables et de report de charges. Si cela fonctionne sur la liquidité des entreprises, Michel-Edouard Ruben craint cependant que cela pose des problèmes de solvabilité à terme.