LUXEMBOURGCATHERINE KURZAWA

La Bourse de Luxembourg est unique au monde - Rencontre avec son CEO

Soulagé par le déménagement au Boulevard Joseph II, Robert Scharfe l’est très certainement. Jusqu’à la fin de l’année dernière, le CEO de la Bourse de Luxembourg jonglait entre les trois sites sur lesquels étaient répartis son entreprise. Aujourd’hui, tout est plus clair. De grands espaces ouverts complètent un lot de salles de réunion pour faire de l’institution un point de repère dans la ville. Aujourd’hui, les 200 salariés de la Bourse de Luxembourg peuvent mieux communiquer dans l’entreprise. L’occasion de se pencher sur les activités mais aussi les projets de cette institution vieille de 85 ans.

La Bourse de Luxembourg collabore avec NYSE Euronext. Est-ce que vous comptez le rejoindre?

Robert Scharfe Nous sommes en contact avec beaucoup de bourses différentes, nous avons des accords de coopération, d’échange, de bonnes pratiques, etc. Avec NYSE Euronext, nous partageons la plateforme technologique sur laquelle les opérations sont traitées. Cela nous permet de réaliser des économies d’échelle car aujourd’hui, exploiter un système propre n’est plus de mise. Mais, notre principal business aujourd’hui n’est plus le transactionnel mais la cotation.

C’est donc sur la cotation que se distingue la Bourse de Luxembourg?

Scharfe Nous cotons aujourd’hui plus de 40.000 valeurs mobilières différentes. Dans les autres bourses, les valeurs sont aussi cotées, mais elles disparaissent. C’est une action administrative unique. Depuis la crise, les régulateurs et les investisseurs demandent plus de transparence. Notre argument de vente pour attirer des émetteurs internationaux à Luxembourg est de dire que les valeurs mobilières, une fois acceptées dans notre cote, ne disparaissent plus. Elles sont sur un système de trading et tout le monde peut les toucher. Comme cela est visible, l’émetteur a une certaine obligation d’information du marché. Nous lui demandons de nous fournir les données, et nous nous occupons d’informer le marché.

Et seule la Bourse de Luxembourg fait cela dans le monde?

Scharfe Absolument. Cela a évidemment un prix, nous payons un système très important. Mais depuis la libéralisation des marchés, MIFID a enlevé le monopole de traitement aux bourses. Il y a donc plein de petites plateformes qui ont été créées, et cela fait un éclatement total du volume traité. Par exemple, les actions Total encore traitée sur Euronext Paris ne constituent qu’une fraction de ce qui est réellement traité, car on peut les traiter sur un nombre élevé de plateformes. Cela fait qu’il y a un manque de transparence, un manque de confiance sur la bonne formation des prix. À la Bourse de Luxembourg, au lieu d’avoir une transaction unique, nous continuons à assurer un «service après-vente» pendant une durée indéterminée pour les actions.

C’est une manière de se réinventer?

Scharfe Aujourd’hui, l’investisseur a besoin de l’assurance que sa valeur mobilière a suivi un processus rigoureux d’acceptation pour la cotation et en plus, nous les assurons de les tenir informé de tout ce qui se passe sur la valeur. Si les investisseurs veulent avoir l’acceptabilité la plus large possible, nous les invitons à venir coter à Luxembourg. Vous savez, à Francfort, les transactions se font sur les valeurs allemandes. À Luxembourg, nous avons quinze sociétés cotées en bourse alors, si je devais faire uniquement cela, la bourse aurait une activité très restreinte. Voilà pourquoi notre business est tellement particulier. La cotation de valeurs mobilières représente plus de 90% de notre chiffre d’affaires, alors que dans les bourses traditionnelles, on réalise 70% du chiffre d’affaires en transactionnel. À Luxembourg, le transactionnel est la deuxième activité, loin derrière la cotation.

On voit que les échanges en RMB font de plus en plus parler d’eux à la Bourse de Luxembourg…

Scharfe Je suis convaincu que le RMB jouera un rôle primordial dans les échanges internationaux à l’avenir. Il gagne en importance tant dans les transactions commerciales que financières. Nous essayons de propager le message aux émetteurs chinois: «Si vous voulez toucher les investisseurs européens, coter à Luxembourg veut dire quelque chose d’autre qu’ailleurs. Vous êtes au centre de l’Europe, dans un pays neutre.» Cette initiative de positionner le Luxembourg comme centre financier RMB, on la soutient car tout le monde a à y gagner.

Mais comment faire connaître le Luxembourg aux investisseurs chinois?

Scharfe Nous avons fait un grand pas en signant un accord de coopération avec la deuxième bourse chinoise, celle de Shenzhen qui est spécialisée dans l’obligataire et les PME. Et donc, nous voyons des synergies très importantes entre les deux bourses. Il y a deux types d’émetteurs pour les emprunts en RMB. D’un côté, il y a les internationaux qui émettent dans toutes les devises. Nous sommes très bien positionnés sur cette catégorie. La seconde catégorie, ce sont les émetteurs chinois qui émettent du RMB international. Nous essayons d’attirer cette clientèle car il y a un nombre énorme de sociétés qui peuvent émettre sur le plan international. Attirer des émetteurs internationaux et même Chinois à Luxembourg, c’est ouvrir une nouvelle porte de développement car ces émetteurs émettront demain en dollar, en euro et en d’autres devises et ils connaîtront déjà le Grand-Duché.

La Bourse de Luxembourg redoute-t-elle des conséquences du partage des informations fiscales?

Scharfe Non. La Bourse n’est pas directement concernée par cette directive. Cela l’impactera peut-être un petit peu indirectement car nos clients sont les banques. Et elles verront un ajustement dans la composition de leurs portefeuilles clients voire des portefeuilles de valeurs mobilières. Mais ce n’est pas un grand sujet pour nous ici.

Quel est le rôle à tenir pour la Bourse de Luxembourg aujourd’hui?

Scharfe La bourse est un maillon important de la place financière. Et dans ce contexte, la bourse doit jouer son rôle de moteur. Quand on regarde la composition de notre conseil d’administration, on voit que la moitié de la place financière est représentée via nos actionnaires. La bourse doit jouer son rôle en tant qu’initiateur du nouveau développement. Nous accompagnons le ministère des Finances dans le développement du RMB, nous travaillons aussi sur le développement des monnaies virtuelles qui pourrait aussi nous impacter à plusieurs niveaux. Il faut rester ouvert sur ces changements. Nous sommes aujourd’hui une grande machine de collecte et de gestion d’information financière.


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