LUXEMBOURG
LUCIENNE THOMMES

Lucienne Thommes est la directrice de la Fondation Cancer. Comme chaque année, un sondage est publié sur les habitudes tabagiques des résidents luxembourgeois lors de la Journée mondiale sans tabac, chaque 31 mai. Et les chiffres sont mauvais cette année, en particulier pour les jeunes femmes. Lucienne Thomas revient sur l’importance de la lutte contre le tabagisme, en particulier chez les jeunes, et tacle les politiques publiques, inefficaces selon elle.

«Depuis 2013 les chiffres stagnent, le tabagisme ne recule plus au Luxembourg. Nous sommes aujourd’hui à 21% de fumeurs au total, avec 23% d’hommes et 20% de femmes accros à la cigarette. La politique anti-tabac n’est pas efficace, chez les jeunes et en particulier les jeunes femmes. Avant, nous constations un grand écart entre hommes et femmes, ce n’est plus le cas aujourd’hui, l’écart s’est tellement réduit qu’on peut presque parler de parité dans le domaine. Chez les 18-24 nous sommes passés de 24 à 30% de fumeuses en seulement un an (pour “seulement” 22% de jeunes hommes), de 21 à 26% pour les 25-34 ans (là les hommes sont encore 28% dans cette catégorie d’âge). Cette progression est inquiétante, c’est une mauvaise nouvelle pour nous.
C’est d’autant plus inquiétant pour les jeunes femmes, car elles prennent souvent la pilule et cela ne fait pas bon ménage avec la cigarette. Les risques de thrombose, d’embolie sont multipliés pour les fumeuses. De plus, entre 25 et 34 ans, c’est généralement la tranche d’âge où les femmes veulent devenir maman, il faut savoir que c’est plus difficile de tomber enceinte quand on fume, les risques pour la santé touchent non seulement la future maman mais aussi le bébé. A cela s’ajoute que les conséquences du tabagisme sont en général plus néfastes pour les femmes qui seraient plus sensibles aux effets du tabac, sans que la médecine puisse encore vraiment expliquer pourquoi. En 2017, le Luxembourg a transposé une directive européenne, puis a interdit de fumer sur les aires de jeux, dans une voiture en présence d’un enfant. C’est bien, mais ce qu’il faut au Luxembourg c’est une augmentation des prix des cigarettes! C’est un choix politique à faire. Ce que nous enseigne ce sondage, c’est que la lutte contre le tabac doit se faire sans relâche, nous ne pouvons pas nous permettre de faiblir notre attention. Il en va des futures générations. Nous allons d’ailleurs rencontrer bientôt le ministre de l’Éducation Claude Meisch pour voir ce qu’il est possible de faire pour le volet prévention, dans les écoles et les lycées. La politique anti-tabac doit être un ensemble, mais il faut des actions plus conséquentes.»