LUXEMBOURG
MARTIN LAGNEAU

L’augmentation du nombre catastrophes liées changement climatique ne reste pas sans conséquences sur le travail des organisations humanitaires, comme c’est le cas pour Handicap International Luxembourg, fondée pour secourir les personnes handicapées dans le monde. On compte un milliard de concernés, qui sont déjà parmi les plus vulnérables au sein de leurs sociétés. Martin Lagneau, le directeur de Handicap International Luxembourg explique comment le changement climatique accroît cette vulnérabilité et comment l’organisation y fait face.

«Depuis 15 ans, Handicap International œuvre dans le monde entier pour aider les populations à se préparer aux catastrophes naturelles, et celles découlant de phénomènes météorologiques gagnent malheureusement en fréquence et en intensité. Ainsi, dans les années 1970 on dénombrait environ 25 catastrophes de ce type chaque année dans le monde. Aujourd’hui, on en est à 120 environ. Au-delà des destructions directes, le réchauffement climatique a des conséquences importantes sur les sociétés: dans plusieurs endroits de la planète, la sécheresse entraîne des conflits autour de l’eau.

Cela augmente le risque de violence armée, mais surtout l’insécurité alimentaire des populations qui n’ont parfois d’autre choix que de migrer ailleurs, où d’autres problèmes les attendent.

A notre avis, il faut beaucoup plus investir dans la prévention des effets du changement climatique. Aujourd’hui, sur dix euros investis pour faire face aux catastrophes naturelles, neuf sont consacrés à la réponse directe de leurs conséquences. Augmenter les budgets pour la préparation des populations à faire face à ces phénomènes est impératif.

D’autant plus qu’ils touchent le plus durement les personnes les plus vulnérables dont font partie les personnes handicapées. Nous constatons que leurs besoins se trouvent souvent ignorés dans les plans d’urgence, alors que 63% des personnes handicapées ont besoin d’une assistance spécifique lors d’une évacuation et que seule une personne handicapée sur cinq est capable de suivre les mesures d’évacuation sans problème en cas de catastrophe. Selon le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe, seul 17% des personnes handicapées connaissent les mesures de gestion des catastrophes de leur communauté, et à la suite d’une catastrophe, 75% des personnes handicapées ont le sentiment d’être exclues de la réponse humanitaire.

C’est pourquoi Handicap International met en œuvre des programmes de réduction des risques de catastrophes qui tiennent compte des besoins spécifiques des personnes handicapées. Nous comptons parmi nos équipes des spécialistes qui peuvent conseiller autorités et communautés pour élaborer des plans d’urgence inclusifs de ces personnes vulnérables, et ainsi par exemple assurer la continuité de l’alimentation, de l’approvisionnement en médicaments ou encore des soins médicaux.

C’est ce que nous appelons le “disaster risk reduction”. Pour l’heure, Handicap International conduit une vingtaine de projets DRR pour augmenter la résilience des populations, en particulier des personnes les plus vulnérables. Il faudrait évidemment beaucoup plus d’efforts dans les régions qui sont les plus concernées par les effets du changement climatique et ce sont pour la plupart les régions les plus pauvres.

Cet effort nécessaire n’a pas seulement besoin de plus d’attention au plan international, mais il doit pouvoir bénéficier des financements requis. Handicap International lance donc aujourd’hui un appel aux dons pour pouvoir mieux protéger les personnes les plus vulnérables contre les effets du changement climatique. Merci pour votre aide!»