FREYMING-MERLEBACH
JEAN-PIERRE COUR

L’eau d’ennoyage des mines de Freyming-Merlebach pourrait-elle être utilisée pour créer le deuxième «hôpital thermal» de France?

Freyming-Merlebach sur la frontière franco-allemande près de Forbach, ville historiquement liée à l’extraction du charbon pourrait devenir une station thermale. C’est le pari un peu fou envisagé par certains responsables de l’hôpital ainsi que par le syndicat Force Ouvrière qui voit ici l’occasion de pérenniser les emplois. L’idée est de transformer l’eau d’infiltration en eau thermale.

Le puits de mine le plus profond de France

De fait, le puits Vouters fermé en 2014 et d’où l’on extrayait le charbon est le des puits de mine les plus profond de France avec un creusement à 1.327 mètres. Et il suffirait de percer encore plus bas que les galeries existantes pour profiter d’une eau chargée en fer, en sels et en soufre. Et ce ne sont là que quelques éléments de la composition de ce précieux trésor thermal. Ces eaux sont naturellement chaudes et leurs vertus ne sont plus à prouver. A l’origine, cette idée est venue du constat que les eaux d’Amnéville, comme celles de Nancy, sont puisées dans la même couche géologique, le «Trias inférieur», riche en sels et matériaux propices aux soins médicaux.

A l’époque de l’exploitation de la mine par les Charbonnages de France, une partie de cette eau pompée était réutilisée dans la mine, l’autre valorisée en eau industrielle ou potable ou encore rejetée dans les rivières.

Aujourd’hui ce pompage s’est arrêté car il coûte trop cher: de l’ordre 20 millions d’euros par an. A ce jour, les eaux du puits Vouters sont traitées dans une station de dernière génération et rejetées en pure perte dans le Merle, un affluent de la rivière Rosselle coulant encore au pied de l’hôpital.

Source de soins et de chaleur

Ce pari thermal à même un nom: le projet «MineWater». Pour y arriver, il faut donc exploiter l’eau d’exhaure venant de la mine située à deux kilomètres de là via un aqueduc à gravitation naturelle restant, lui, à édifier. Rappelons que les eaux d’exhaure désignent l’eau d’infiltration minière que l’on pompe aujourd’hui en pure perte. En phase d’exploitation de la mine, il fallait pomper jusqu’à 5.000 m3/heure à 1.000 mètres de profondeur. C’est ce qu’explique l’unité «Après-mine Est» du Bureau de recherches géologiques et minière (BRGM), chargé pour le compte de l’Etat de gérer «l’après-mine» dans le Grand Est. Cette eau venue des profondeurs de la terre jaillit à une température de 50 degrés Celsius. Chiffre bien supérieur à celle de Nancy (37°) ou d’Amnéville-les-Thermes (41°). En fait, ce projet fut échafaudé par le BRGM en 2008. A l’origine, le BRGM étudiait la possibilité d’utiliser seulement cette eau comme source de chaleur par géothermie. Du coup, la ressource devenant thermale pourrait chauffer l’hôpital et en plus alimenter les installations de soins. A ce jour, il existe une quinzaine d’établissements thermaux dans l’hexagone, mais un seul «hôpital thermal», et il est à Dax dans le sud de la France. Freyming-Merlebach pourrait donc devenir le second hôpital thermal de France, offrant ainsi une option pour les patients au nord de la Loire tout en élargissant les compétences de l’hôpital.

Trouver les financements

Selon Julien Blasutto, secrétaire du comité d’entreprise de l’hôpital de Freyming-Merlebach s’adressant à la presse audiovisuelle locale, «l’hôpital possède les structures qu’il faut dans le secteur de l’hydro- et de la balnéothérapie ainsi qu’un personnel médical déjà formé pour lequel une formation adéquate apporterait les compétences nécessaires». Ici, la cure s’adresserait aux traitements et aux soins en rhumatologie, mais aussi comme à Dax, en phlébologie. L’on pourrait même étendre les indications thérapeutiques si ces eaux minières sont plus riches que supposé, comme il semble être le cas. Pour élargir la panoplie des usages, ce sera bien sûr à l’Agence régionale de santé de le déterminer. Si sur le papier, le projet «MineWater» est crédible, il faut à présent remuer ciel et terre pour trouver le financement de l’aqueduc de deux kilomètres afin que le projet puisse aboutir.