PARIS
CHRISTIAN SPIELMANN

«Peau d’âne» au théâtre Marigny à Paris

En 1970 sort le film musical «Peau d’âne» réalisé par Jacques Demy d’après l’histoire de Charles Perrault parue en 1694. Catherine Deneuve y incarne le rôle-titre et Michel Legrand a composé la musique. Deux œuvres de Demy et Legrand ont déjà été adaptées pour la scène: «Les parapluies de Cherbourg» et «Les demoiselles de Rochefort». Comme le nouveau directeur du théâtre Marigny n’est autre que Jean-Luc Choplin, ancien directeur du théâtre du Châtelet et grand fan de la comédie musicale, rien ne s’opposait à réouvrir le Marigny, entièrement rénové de 2013 à 2018, au croisement des Champs Elysées et de l’avenue Marigny avec une adaptation du film-culte de Demy.

Un père veut marier sa fille

Que le film soit adapté pour la scène n’était qu’une question de temps. Mais que l’histoire du roi bleu (Michaël Denard) qui a promis à la reine mourante de ne se remarier qu’avec une femme aussi belle qu’elle n’a pas été modifiée, cela étonne, car il décide de marier sa propre fille (Marie Oppert) qui est la seule à remplir les conditions de sa promesse. Donc, on est en présence d’un acte d’inceste qui est justifié par la constatation que toutes les filles marieraient en premier lieu leur père. Heureusement que la fée des lilas (Emma Kate Nelson), la marraine de la princesse sans nom, mentionne que les enfants ne doivent pas épouser leurs parents.

La fée propose à sa filleule de demander à son père une robe couleur de temps, chose qu’elle croit irréalisable. Mais le père sait même fabriquer une robe couleur de lune et une couleur de soleil à sa fille. Il faut trouver autre chose pour dissuader le père de sa mauvaise intention. La princesse demande la peau de l’âne qui chie des écus d’or et fait la richesse du royaume. Son papa le fait tuer sans hésiter. Sur conseil de sa marraine, la princesse prend la fuite, endossée de la peau de l’âne. Elle qui est appelée maintenant «Peau d’âne» travaille comme servante dans un autre royaume où le prince rouge (Olivier Fredj) la découvre et tombe follement amoureux.

Comme au cinéma

A part que Michel Legrand a rallongé certaines partitions, rien n’a été changé au reste de la musique qui ne comporte que sept chansons. La musique instrumentale sert de fond pour l’histoire et surtout pour les changements de décors faits par l’ensemble sur un rythme de danse en slow-motion. Le show réalisé par Emilio Sagi défile comme jadis le film, avec évidemment les restrictions d’une scène de théâtre.

Le fond de scène est constitué de miroirs qui reflètent les arbres des deux côtés. Ainsi, est donnée l’impression d’une vaste forêt. Les costumes royaux de Pepa Ojanguren sont absolument somptueux. L’ancienne présentatrice des journaux télévisés sur TF1 Claire Chazal est la narratrice du show et joue aussi le rôle d’une rose.

Un rideau en lanières translucides cache la scène que l’on aperçoit que quand elle est illuminée. Ceci donne l’effet de regarder l’histoire à travers un miroir. Malheureusement ce rideau est trop souvent fermé et cache les activités de l’ensemble sur scène.

Marie Oppert n’a guère l’occasion de faire profiter le spectateur de sa belle voix, mais son interprétation de la chanson culte du film «Recette pour un cake d’amour» est le moment le plus attendu et un des plus réussis. Emma Kate Nelson sait faire rire le public avec sa façon légère, ses anachronismes - elle téléphone et se déplace sur des patins à roulettes - et son unique chanson «Conseils de la fée des lilas». «Peau d’âne» a certes le potentiel d’être une vraie comédie musicale. Mais pour cela, on aurait dû créer des chansons supplémentaires plutôt que simplement adapter le film de Jacques Demy sur scène.

Pour toutes autres informations et pour acheter des tickets: www.theatremarigny.fr