LUXEMBOURG
NATHALIE BOLLEN

La période de crise permet aux gouvernements de passer des lois liberticides pour le bien commun. L’organisation Amnesty International a décidé de lister les pays qui outrepassent leurs droits ou au contraire ne protègent pas assez certaines populations.

«La situation exceptionnelle actuelle appelle des mesures exceptionnelles. Les États peuvent, pour protéger la santé publique, fixer des limites à certains droits fondamentaux. Ces restrictions sont admises lorsqu’il existe une base légale le prévoyant, lorsqu’elles sont absolument nécessaires et proportionnées et lorsqu’elles ne sont pas appliquées de manière discriminatoire. Cependant, certains gouvernements profitent de la crise sanitaire pour bafouer les droits humains.

En Europe, l’exemple le plus connu est celui de la Hongrie, où le parlement a voté une loi qui donne carte blanche à Viktor Orbán de gouverner par décret de manière illimitée et de mettre en prison toute personne qui “alarme ou agite” l’espace public.

Plusieurs pays, par exemple Israël et la Corée du Sud, exploitent les données des téléphones portables pour suivre les déplacements individuels en collectant des données de localisations pour pister les contacts des personnes atteintes par ce coronavirus; cela sans les protections de l’anonymisation ou de l’agrégation des données.

Dans plusieurs pays, comme le Venezuela, la Chine et la Russie, les gouvernements ont fait taire les voix critiques, par exemple des journalistes, et certains médecins.

Aux Philippines, les chefs de communes ont infligé des traitements et des châtiments cruels, inhumains et dégradants à des personnes qui auraient violé le couvre-feu. Le président Rodrigo Duterte est allé encore plus loin en donnant l’ordre de tirer sur les “fauteurs de troubles” manifestant durant la quarantaine.

En Colombie, un des pays les plus meurtriers au monde pour les acteurs de la société civile, les mesures de protection pour les défenseurs des droits humains mises en place par l’État sont réduites.

Dans des pays comme Singapour et le Qatar, les travailleurs migrants sont particulièrement exposés à la crise sanitaire. Le fait que des milliers d’entre eux se retrouvent désormais en quarantaine dans la proximité extrême des dortoirs surpeuplés risque de mener droit au désastre.

La surpopulation, mais aussi une mauvaise ventilation et un manque d’installations sanitaires mettent en danger les populations carcérales dans des pays comme la Russie, où plus d’une demi-million de personnes sont concernées. Dans des nombreux pays, ce sont aussi les prisonniers d’opinions qui risquent de mourir du coronavirus.

Aux États-Unis, le Service de contrôle de l’immigration et des douanes, qui détient près de 40.000 personnes, n’a toujours pas adopté de mesures efficaces pour empêcher la pandémie de sévir dans les centres de détention. Presque autant de personnes sont confinées dans des conditions inhumaines dans les camps de réfugiés des îles grecques.

En cas de crise sanitaire, le respect des droits humains n’est pas un luxe. Les États doivent maintenir nos droits au centre de toutes les initiatives de prévention, de confinement et de traitement. Et ceux qui exploitent délibérément la crise à leurs propres fins devraient savoir que nous les surveillons.»