LUXEMBOURG
MARTIN GILBERT

L’économie mondiale est-elle au bord d’une récession? C’est l’une des nombreuses questions abordées lors du Sommet de Singapour qui a réuni il y a peu dirigeants et chefs d’entreprise du monde entier et auquel j’ai participé.

Les avis sur la question étaient mitigés, comme le montrent également les résultats d’une enquête réalisée récemment par Absolute Strategy Research. Selon cette enquête, menée auprès de plus de 200 institutions financières gérant au total 4,1 billions de dollars d’actifs, il y a 52% de chances qu’un ralentissement économique survienne dans les 12 prochains mois.

Lëtzebuerger Journal

Cela n’est pas une surprise étant donné la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, le Brexit et les tensions au Moyen-Orient, pour ne citer que quelques-uns des nombreux facteurs qui pèsent dans l’esprit des investisseurs. La croissance mondiale prévue serait de 2,8% cette année, ce qui serait le taux de croissance économique le plus bas depuis la crise financière.

Mais l’éventualité d’une récession d’ici l’année prochaine n’est pas certaine. Les mesures prises récemment par la Réserve fédérale des États-Unis et la Banque centrale européenne (BCE) illustrent bien la détermination de leurs dirigeants à soutenir les économies décroissantes. Toutefois, les outils dont elles disposent sont limités après dix ans d’assouplissement de la politique monétaire.

La Réserve fédérale a baissé de 25 points de base son taux directeur, qui passe ainsi à 1,75-2,00%. De son côté, la BCE a baissé ses taux de dépôts de -0,4 % à -0,5% et a déclaré relancer une politique d’assouplissement quantitatif en rachetant pour 20 milliards d’euros d’obligations par mois.

Les membres des comités des deux banques centrales avaient des avis partagés sur ces mesures, certains les estimant insuffisantes, d’autres les trouvant excessives.

Le comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre a quant à lui décidé de ne pas agir avant que les incertitudes autour du Brexit soient levées. La grande question qui fait actuellement l’objet d’un débat public vigoureux concerne l’efficacité des mesures d’assouplissement monétaire dans le contexte actuel. Depuis plus de dix ans, les banques centrales mondiales appliquent des «mesures de crise», même si ces dernières années étaient loin des conditions de crise. Il paraît dès lors raisonnable et rationnel de se demander si l’assouplissement monétaire pourra être d’une aide quelconque, compte tenu de la situation de départ avec des taux d’intérêt faibles et de lourdes charges de dette. Bien que dans certains cas les économies puissent être stimulées, pour un temps, par des taux plus bas, la question se pose de savoir à qui profitera cette situation et quels sont par conséquent les intérêts sociaux et économiques de ces mesures à long terme. Certaines études indiquent aujourd’hui que des taux extrêmement bas pourraient même avoir des effets négatifs sur l’économie.

Malgré le ton accommodant des banques centrales ces dernières semaines, leur mécontentement commence à monter: la politique monétaire continue de porter à elle seule le fardeau alors que l’on attend depuis longtemps des gouvernements qu’ils instaurent des mesures de relance budgétaire, par une baisse des taxes ou par une augmentation des dépenses. C’est ce mécontentement qu’a exprimé Mario Draghi, le président sortant de la BCE, lorsqu’il a déclaré: «il est maintenant grand temps que la politique budgétaire prenne le relais».

Je partage largement ce point de vue. Les taux d’intérêt actuels constituent une opportunité d’emprunter de l’argent pour financer des projets d’infrastructure qui alimenteraient à leur tour la croissance à long terme.

Personnellement, je ne pense pas que nous allons connaître une récession mondiale dans les 12 prochains mois étant donné la grande détermination des dirigeants à l’éviter. Mais vu la situation actuelle, toute politique de relance monétaire ou budgétaire ne fait que retarder l’inévitable.

Du point de vue des investissements, l’histoire nous a montré qu’étant donné les prix actuels, les attentes en matière de rendement à long terme sur presque tous les types d’actifs sont basses, voire négatives. Mais comme toujours, lorsque les rendements du marché sont négatifs et que l’état d’esprit général est pessimiste, cela représente autant d’opportunités pour les investisseurs avertis qui en profitent pour réaliser de très bonnes affaires, le bébé étant souvent jeté avec l’eau du bain. •

31 ans au Luxembourg

Standard Life Aberdeen plc est l’une des plus importantes sociétés de placement au monde créée en 2017 par la fusion de Standard Life plc et Aberdeen Asset Management PLC. Opérant sous la marque Aberdeen Standard Investments, la division d’investissement gère 641,9 milliards d’euros d’actifs au 31 mars 2019, ce qui en fait le plus grand gestionnaire actif au Royaume-Uni et l’un des plus importants en Europe. Dans la gestion de ces actifs, la société emploie plus de 1.000 professionnels de l’investissement et fournit un soutien à la clientèle à partir de 46 bureaux de relations avec la clientèle à l’échelle mondiale. Elle jouit d’une présence mondiale importante ainsi que de l’envergure et de l’expertise nécessaires pour aider ses clients à atteindre leurs objectifs de placement. Aberdeen est active au Luxembourg depuis 1988.

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