LUXEMBOURG
LAURA ZUCCOLI

Ils sont dans l’ombre, mais ils existent bel et bien: les travailleurs en situation irrégulière au Luxembourg. La crise du Covid-19 et l’arrêt de nombreuses activités économiques les a précipités encore davantage dans la précarité. L’Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés tire la sonnette d’alarme et lance un appel à l’aide.

«Les conditions de vie des travailleurs en situation administrative irrégulière sont très difficiles. Parce qu’ils n’ont pas droit à une autorisation de séjour, ils n’ont pas droit non plus aux aides sociales et à la protection par notre droit du travail. Souvent payés bien en-dessous du salaire social minimum, chaque mois, chaque jour est pour eux une lutte pour la survie. Certains vivent ici avec leur famille, ont des enfants scolarisés.

Beaucoup de ces travailleurs de l’ombre originaires de pays hors de l’UE, sont employés dans les secteurs de l’Horeca et des travaux domestiques. Or, ce sont là des secteurs qui sont à l’arrêt depuis les restrictions décrétées par le gouvernement dans la lutte contre la pandémie.

Les conséquences pour les concernés sont dramatiques: ils se retrouvent sans aucune ressource. Et les fermetures des frontières leur rend très difficile, voire impossible un retour dans leur pays d’origine. Il y a urgence pour les soutenir!

C’est pourquoi les associations du secteur social se sont mobilisées pour venir en aide aux travailleurs pauvres victimes de cette crise. L’ASTI a mis en place des permanences spéciales de distribution de bons alimentaires aux travailleurs sans papiers financées par des dons privés et un secours exceptionnel de l’Œuvre Grand Duchesse Charlotte. Gros problème: nombreux sont les travailleurs précaires qui cotisent à l’assurance sociale volontaire et qui maintenant n’ont plus les ressources pour financer leur contribution. Et après deux mois de non-paiement, ils risquent de perdre leur couverture sociale. Nous revendiquons dès lors que l’État suspende l’obligation de verser les cotisations sociales à l’assurance volontaire au moins pendant le temps de crise.

Mais il faut aller plus loin: face à la détresse des travailleurs en situation irrégulière, plusieurs pays comme le Portugal et l’Italie ont accéléré les procédures de régularisation des concernés. La motivation étant aussi économique: de nombreux secteurs, comme l’agriculture par exemple ont besoin de cette main-d’œuvre pour assurer les récoltes notamment. Au Luxembourg aussi, un tel besoin existe. Le moment serait dès lors opportun de régulariser la situation des personnes sans papiers qui vivent et travaillent dans notre pays sans autorisation de séjour. Ces personnes n’ont jusqu’à présent pas été à la charge de l’État, ils veulent juste travailler et construire un meilleur avenir pour eux et leur famille. C’est le moment de les sortir de l’illégalité et de leur permettre de faire valoir leurs droits, mais aussi d’accomplir leurs devoirs citoyens comme le paiement des impôts par exemple et de leur offrir une perspective d’intégration. L’heure est grave pour ces gens. Faisons preuve d’humanisme à leur égard.»