DIEKIRCH
CATHERINE KURZAWA

La Brasserie de Luxembourg reste ancrée à Diekirch et affiche ses ambitions

La plaque commémorative posée dans le bâtiment en atteste: la première pierre de la Brasserie de Luxembourg a été posée le 26 septembre 2017. 18 mois plus tard, l’odeur de peinture fraîche se mêle à celle du houblon dans la nouvelle unité de production. Active depuis janvier 2019, elle représente un investissement de 25 millions d’euros pour la maison-mère de la Brasserie de Luxembourg, AB InBev. Rencontre avec son directeur, Gilles Nackaerts.

Foto: Editpress/Anne Lommel - Lëtzebuerger Journal
Foto: Editpress/Anne Lommel

La nouvelle brasserie sera inaugurée ce vendredi. Quelles sont ses spécificités?

GILLES NACKAERTS La capacité de la nouvelle brasserie est de 250.000 hl, c’est beaucoup plus que dans l’ancienne. Elle est dotée d’une première en Europe: un filtre à membrane. Normalement, un système de filtration classique est fait avec un adjuvant soufré. Ici avec de fines membranes, on parvient à ne pas générer de déchets. Aujourd’hui, on a 54 employés. La brasserie a une superficie totale de 2.500 m². Ce qui est plus compact que la brasserie actuelle. Elle est dotée d’une partie souterraine - elle descend jusqu’à 8 mètres de profondeur.

Pourquoi vous avez fait cela?

NACKAERTS C’est surtout pour des questions de superficie. Optimiser l’espace. Et puis derrière cela il y avait l’idée que ça allait réduire les nuisances, tout ce qui est machines etc. Si c’est sous terre ça fait moins de bruit pour le voisinage.

Vous êtes aux commandes de Diekirch depuis juin 2018 et arrivez tout droit de Bruxelles. Quelles sont les spécificités que vous percevez sur le marché luxembourgeois?

NACKAERTS C’est un marché qui est très particulier et très intéressant déjà de par la nature du pays. Il y a beaucoup de similarités avec les marchés voisins et il y a aussi quelques différences. Dans les similarités, c’est un marché qui est principalement un marché de pils, cela représente plus de 80% de la consommation. Ce qu’on voit comme autre similarité, c’est une demande grandissante pour des alternatives soit considérées comme plus saines (bio, sans alcool, etc.) ou des propositions qui ont un peu plus de caractère, un goût un peu plus complexe. Du côté des différences, on voit qu’on a pas mal d’influence des différents pays voisins. Les formats de consommation par exemple, le Luxembourg est un marché de 33 cl en bouteille et de 50 cl en cannettes. Alors qu’en Belgique on est vraiment sur un 25 cl en bouteille et 33 cl en cannette. Et puis après ce qu’on retrouve fort au Luxembourg, malgré la taille du pays, ce sont des différences géographiques fortes. Quand on est proche de la frontière allemande, on voit que les plus grands formats l’emportent. Quand on se rapproche de la France, on voit que des marques comme Leffe sont vraiment populaires.

Vous êtes, selon votre concurrent la Brasserie Nationale, n°2 en part de marché avec 28% contre 40% pour lui. Est-ce que vous ambitionnez de l’accroître et comment?

NACKAERTS Evidemment. Je ne vais pas vous révéler tous nos secrets et notre stratégie. Mais ce qui est certain c’est que si on a décidé d’investir 25 millions au Luxembourg, je crois que c’est pour développer notre empreinte. Et on voit encore énormément d’opportunités au Grand-Duché. En ce qui concerne la stratégie à proprement parler, c’est quelque chose que je ne peux pas encore vous dévoiler.

Le Luxembourg est-il selon vous un marché suffisamment grand pour avoir cette concurrence entre grandes brasseries et micro-brasseries. Autrement dit, est-ce que tout le monde peut avoir sa part du gâteau?

NACKAERTS Je pense que cette concurrence elle est essentielle. C’est cela qui fait qu’en tant que brasseur on se remet constamment en question, on innove et on s’adapte aux demandes grandissantes des consommateurs. Je vois l’essor des micro-brasseries comme quelque chose de très positif parce que ce qu’on voit depuis quelques années au Luxembourg, c’est que la bière est de plus en plus tendance. C’est un produit relativement sain en termes d’ingrédients: du malte d’orge, du houblon et de l’eau. Et on voit que quand on mélange cela au savoir-faire des brasseurs, il y a une multitude de possibilités qui s’offrent au consommateur. Quand je vois l’évolution du marché, je suis très confiant dans le futur et je crois qu’il y a de la place pour la concurrence.

Vous dites que la bière est tendance mais il semble que la tendance lorsqu’on sort boire un verre, ce sont les cocktails…

NACKAERTS L’un n’empêche pas l’autre. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ça. En tout cas, les messages que nous percevons du consommateur c’est que les demandes évoluent et que le produit bière qui est naturel et qui est basé sur des ingrédients naturels a une demande en forte traction.

La marque Diekirch est peu connue à l’étranger. Est-ce que vous ambitionnez de vous développer davantage à l’international?

NACKAERTS L’ambition première c’est de développer Diekirch au Grand-Duché. Par contre, ce qui est sûr c’est qu’on est aussi à l’écoute de nos consommateurs et on perçoit un intérêt aussi dans la Grande Région et dans l’Est de la Belgique des consommateurs pour la marque Diekirch. C’est donc fort probable qu’on renforce notre ancrage dans ces régions. Mais la priorité reste le marché du Grand-Duché.

Entre les contrôles d’alcoolémie, les micro-brasseries, la recherche de produits sains, le sans alcool, etc. Comment faites-vous pour vous adapter à ces évolutions?

NACKAERTS C’est une démarche que l’on a déjà entamée. Depuis 2016, on a lancé successivement deux variantes à faible taux d’alcool sur la marque Diekirch, les deux Radlers. Et en 2018 on a lancé Diekirch 0,0, une variante complètement sans alcool. Ces trois variantes sont un succès à tel point que voyant la demande du consommateur qui évolue, on a décidé au début de cette année de lancer Leffe 0,0 également sur le marché luxembourgeois. Et les premiers résultats sont réellement encourageants. On voit vraiment qu’il y a de la demande qui évolue et quand on s’adapte, ça devient une opportunité.

On est sur un marché de pils. Mais concernant les produits avec peu ou pas d’alcool, quelle est leur part?

NACKAERTS Ce que je peux vous dire en tout cas c’est qu’à l’heure actuelle, la Diekirch 0,0 représente déjà plus de 3% des volumes totaux de Diekirch. En un an. Et on a l’ambition à l’horizon 2025 que les bières à faible taux d’alcool ou sans alcool représentent 20% de notre portefeuille. Aujourd’hui, on doit être de l’ordre de 6%. C’est une réelle ambition. C’est une démarche importante.