METZ
JEAN-PIERRE COUR

A31 bis: ouverture d’un débat public, mais des travaux au plus tôt en 2025

La Lorraine s’engage dans une réflexion sur la partie d’autoroute A31 reliant Toul au sud de Nancy, à la frontière luxembourgeoise dans l’hypothèse d’un budget de 1,4 milliard d’euros. Mais, de l’avis des experts, on ne voit pas de solution avant 2025/2030.

L’autoroute A31 est en fait une suite de petites autoroutes mises bout à bout au fil du temps qui est devenu aujourd’hui un axe majeur européen nord-sud avec une augmentation de 28% par an du trafic entre Thionville et la frontière luxembourgeoise. Dangereuse, surencombrée et en mauvais état, l’A31 fait aujourd’hui l’objet d’un débat public initialisé par l’Etat français.

Pour autant, «débat public» ne veut pas dire «enquête publique». La première est simplement là pour informer l’Etat des attentes des usagers alors que la seconde débouche sur une «Déclaration d’utilité publique» (DUP) qui précède immédiatement la mise en route de travaux. Bref, ce débat public qui doit rendre ses conclusions au mois de décembre prochain n’augure en rien les travaux urgents à réaliser sur cette autoroute que d’aucuns appellent «l’autoroute de la mort».

Elus = responsables?

Soyons clair, la situation d’embolie d’aujourd’hui aurait pu être évitée. Cela fait entre 25 et 30 ans que l’Etat français et les associations d’usagers signalent l’urgence de la situation. En 2014, on a recensé 3.750 évènements dramatiques (accidents, déversement de chargements, travaux, etc) sur cette autoroute ayant générés des fermetures et/ou des bouchons spectaculaires sur cet axe vital. La cause en revient à la sphère politique lorraine.

En effet, pour accéder à son premier mandat en 2004, Jean-Pierre Masseret, l’actuel président de région lorraine, avait besoin des voix des Ecologistes afin d’être élu.

Ces derniers étaient, et sont encore, farouchement opposés à l’élargissement tout comme au doublement de l’autoroute. Jean-Pierre Masseret fut élu et, pour respecter son engagement, laissa tomber le dossier. Du coup, les choses ne firent qu’empirer pour arriver aujourd’hui à une situation de saturation inquiétante et dangereuse ou plus de 500.000 usagers par jour se disputent l’asphalte. Ceci dans deux zones particulièrement accidentogènes: la liaison entre Nancy et Pont-à-Mousson et entre Thionville et la frontière luxembourgeoise. De son côté, le gouvernement du Grand-Duché est aussi conscient de la chose. Si l’ancien ministre des transports était assez réticent pour participer du côté luxembourgeois à la chose, l’actuel ministre, François Bausch, interpellé récemment par le Conseil économique et social de Lorraine (CESL) sur ce sujet, exprime une position plus ouverte en privilégiant une configuration où l’on verrait l’élargissement de l’A31 à trois voies dont une réservée aux transports en commun en site propre (TCSP) et au covoiturage.

Selon le CESL, le Grand-Duché serait alors prêt à financer la jonction de l’A3 Dudelange-Bettembourg, jusqu’à la frontière française si la France décidait d’investir. Côté français, le préfet de région, Nacer Meddah, nous assure: «Il y a urgence et nécessité. Aucun moyen de transport alternatif à la voiture n’arrivera à compenser la croissance des usagers dans le futur dans un axe nord-sud».

Le temps prend du temps

La problématique qui se pose désormais est le temps. Le débat public d’aujourd’hui qui précède les études et enfin les travaux qui dureront, quant à eux, au mieux pendant cinq ans, nous amènent à un horizon calé entre les années 2025, voire, 2030. Ce qui fait qu’un tiers des usagers professionnels d’aujourd’hui seront à la retraite au moment où les travaux se termineront. Un débat public s’est déroulé à Nancy puis à Metz ce jeudi et un autre se déroulera à Thionville le 20 mai prochain.

Lors des derniers débats publics, on notait l’absence du président de région Lorraine mais aussi l’absence de représentants luxembourgeois alors que les débats tournaient essentiellement sur la liaison Thionville-Luxembourg.

Le ministère de «l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie» en charge de ce débat public nous a assuré que tout serait fait pour le plus grand nombre de responsables des deux côté de la frontière soient présent lors des prochains débats. Patrick Weiten, président du département de la Moselle, rappelait quant à lui que la réflexion devait porter aussi dans une vision plus large incluant le Luxembourg mais aussi les pays européens au nord puisqu’une grande partie du trafic actuel sur cet autoroute relie aujourd’hui le nord au sud de l’Europe.

Mais encore une fois ici, force est de constater que la bonne idée de l’autoroute ferroviaire Bettembourg-Le Boulou dans le sud de la France, est loin de tenir ses promesses en termes d’utilisation.

Aujourd’hui la question est: élargissement à deux fois trois voies ou doublement de l’A31. On n’en est que là.