LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le placement de son épargne est une question de choix éclairés

Gaëlle Haag a forgé une solide expérience dans le monde de la finance. Elle a lancé son application «Startalers» qui s’adresse aux femmes qui veulent investir. Elle organise régulièrement des workshops à Luxembourg pour expliquer les rouages de la finance. Cet experte fait le tour d’horizon des différentes options pour investir ses économies, et donne quelques conseils au passage pour se familiariser avec un univers qui est parfois volontairement opaque pour éviter qu’on s’y intéresse de trop près.

Dans un contexte où les comptes épargne ne rapportent plus rien, à partir de combien sur son compte peut-on/doit-on commencer à penser «placement»?

GAËLLE HAAG Il y a une règle que j’édicte toujours pour estimer ses besoins: il s’agit d’entre trois à six mois de salaire qu’il faut se constituer tel un fonds d’urgence en cas de coup dur: accident, perte d’emploi, grosse réparation de sa maison, il faut pouvoir faire face et avoir cet argent à disposition. Mais en théorie, le surplus «coûte» à l’épargnant puisqu’aujourd’hui les taux d’intérêt ne couvrent même pas le cours de l’inflation. Il faut donc protéger son pouvoir d’achat en optant pour des rendements d’au moins 1,5 à 2%.

Tout d’abord il faut évaluer ses besoins, son train de vie et faire ses calculs en fonctions de ses objectifs et de la durée, sans compter les différents niveaux de risque. Par exemple, il faut arriver à se projeter au moment de la retraite, c’est difficile mais il faut évaluer combien on va avoir besoin pour garder son niveau de vie, car à ce moment-là d’autres formes de dépense se présentent. Il existe plusieurs simulateurs qui estiment combien il faut mettre de côté chaque mois. L’objectif peut paraître lointain, mais on parle quand même de 25 à 30 ans d’inactivité, c’est beaucoup.

Au début, on peut mettre 100 à 300 euros par mois dans une épargne-pension par exemple, c’est défiscalisé jusqu’à 3.200 euros par an au Luxembourg, le rendement n’est pas énorme mais la somme est bloquée, si vous en avez besoin avant, il y a des pénalités.

Quelles sont les réticences habituelles à opter pour ces différents produits de placement, doit-on faire confiance à son banquier quand on n’y connaît rien?

HAAG Le banquier connaît bien votre situation, mais il y a là un conflit d’intérêt car il est là pour vendre ses produits et perçoit des commissions sur certains d’entre eux, même si les banques doivent être très transparentes sur cela. Ce que je conseille, c’est de ne pas suivre aveuglément leurs conseils et d’arriver avec les bonnes questions: quel est le rendement, à combien se montent les frais, quelles sont les contraintes, les taxes sur la plus-value. Il est important d’être conscient de tous ces facteurs quand on fait ses calculs. Par exemple l’épargne-pension est défiscalisée au départ mais pas quand on perçoit la somme au moment de la retraite, c’est quelque chose qu’il faut avoir en tête.

Il faut s’informer en amont et surtout ne pas hésiter à en parler autour de soi, cela ne devrait pas être un sujet tabou.

Quelles sont les grandes options pour les petits épargnants?

HAAG Il y a trois grands types classiques: l’immobilier, les actions cotées ou les obligations. Le réflexe habituel est d’acheter sa résidence principale, car on évite alors de «gâcher» son argent dans un loyer de location. Mais selon son profil, ce n’est pas forcément la meilleure option. Je m’explique: quand on achète sa résidence principale, au vu de sprix actuels du marché, cela veut dire mobiliser toutes ses capacités d’emprunt pour un seul et même bien, qu’on habite. A long terme ce sont des économies, mais cela ne rapportera rien. Pour certains cas, mieux vaut acheter quelque chose de moins cher, le louer ce qui permettra aux loyers de rembourser l’emprunt.

A part l’assurance-vie et autres grands classiques, est-ce que d’autres types de placement ont vu le jour à l’ère digitale?

HAAG Avant, il fallait toujours passer par son banquier ou un courtier, mais aujourd’hui il y a les «robots advisor» qui constituent des portefeuilles correspondant à votre profil sur des sites online, comme Birdee.co (issu de BNP Paribas) ou encore Keytrade, ils sont nombreux. L’intérêt c’est qu’il y a moins de frais, que les montants minimums sont plus petits, c’est une solution digitale clé en main. La seule chose qui peut rebuter certains, c’est qu’il n’y a pas d’interlocuteur humain comme c’est le cas avec votre banque habituelle. Le tout c’est de ne pas paniquer car il faut adopter une vue sur le long terme.

Mais il y a aussi aujourd’hui les plateformes pour investir dans les entreprises non cotées, on ne parle là pas forcément des start-up, mais de toutes sortes de PME. Il y a d’un côté le «crowdfunding» où l’on prend des parts dans une société (via la plateforme Seedr par exemple) ou le «crowdlending» où il s’agit de se substituer aux banques pour leur prêter de l’argent (exemple chez Look & Fin). Cela permet de s’investir dans des projets, de s’y intéresser et d’avoir une prise dans l’économie réelle, ce qui n’était pas possible il y a encore quelques années seulement.

Je veux placer mon épargne, mais dans une logique de développement durable, comment faire?

HAAG Dans une démarche de développement durable, il faut viser les fonds ESG, mais il existe aussi des plateformes qui regroupent des projets à impact sociétal comme Lita.co avec des projets exclusivement dans cette approche. Mon conseil est dans tous les cas de diversifier ses placements sur différents projets.