LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La «Space Resources Week» bat son plein, une bonne occasion de faire le point sur l’étendue des possibles

L’espace représente un nouvel eldorado: ressources à profusion, goût de l’exploration, la conquête spatiale a toujours eu un charme, mais aujourd’hui l’espace revêt un potentiel commercial dont on ne soupçonne pas encore tous les débouchés. Le Luxembourg veut être à la pointe dans le domaine, d’où la tenue de la «Space Resources Week» à Luxexpo où se réunissent près de 400 experts cette semaine.

Avec le retour des humains sur la Lune en 2024, et pourquoi pas pour la première fois une femme, il est question de s’implanter à plus long terme sur le satellite naturel de la Terre: «Nous avons l’intention de nous installer là-bas afin d’avoir un camp de base pour des explorations plus lointaines, notamment sur Mars. Pour cela nous avons besoin de trouver de nouvelles ressources, pour produire sur place de l’oxygène et de l’eau, mais aussi du carburant pour les navettes», explique l’astronaute Dr Matthias Maurer, présent hier lors d’une conférence de presse commune des Agences spatiales luxembourgeoise (LSA) et européenne (ESA). Ce dernier espère une base permanente sur la Lune dès 2028, avec tout ce que cela signifie en terme de besoins sur place, tout cela dans moins de dix ans, même si faire le plein en carburant de la navette ne sera pas encore d’actualité d’ici là.

L’exploitation des ressources spatiales à l’agenda

Pour que les astronautes puissent s’entraîner, l’ESA va mettre en place dès mars 2021 un tout nouveau centre d’entraînement qui va reproduire dans les conditions réelles la surface de la Lune. Le Dr James Carpenter, responsable de la stratégie d’exploration à l’ESA, estime que l’exploitation des ressources spatiales a été pour la première fois mise à l’agenda de l’agence: «Nous allons devoir considérer l’oxygène comme un produit commercial. Ce n’est évidemment pas le cas sur Terre, mais dans l’espace, l’oxygène est une ressource précieuse, nous allons devoir trouver des synergies pour que notre présence dans l’espace soit durable». Pour le moment, les Européens sont bien conscients qu’ils ne pourront pas être leader de la conquête spatiale: «Nous allons pouvoir nous associer à d’autres, mais nous n’avons pas les moyens de conduire seuls une mission spatiale».

Le tout n’est donc pas de savoir si, mais plutôt quand les ressources spatiales (SRU - Space ressources utilisation) vont pouvoir être exploitées. Matthias Maurer estime que c’est la prochaine étape, autant économique que politique: «C’est un peu l’histoire de l’oeuf et la poule. Actuellement nous avons besoin que le premier pas soit fait pour que le marché décolle». James Carpenter en est sûr, «les ressources ne sont pas énormes, mais les bénéfices seront, eux, substantiels. Cela va pousser à l’innovation et aux nouvelles idées. Peut-être sur le long terme des solutions».

Quant aux détracteurs qui estiment que les fonds alloués au SRU sont autant qui ne seront pas à sauver le climat terrestre, Matthias Maurer est persuadé au contraire que l’espace pourra contribuer à sauver notre bonne vieille Terre: «Des gens comme Elon Musk considèrent en effet que Mars pourrait potentiellement être notre planète B, je pense plutôt comme Jeff Bezos que Mars pourrait être utilisé pour toutes nos industries polluantes, que l’espace soit une partie de la solution pour préserver notre planète». En attendant, le nerf de la guerre reste les financements, et de ce point de vue, les Etats-Unis et la Chine sont largement en tête dans la course aux étoiles. Le Dr Carpenter nuance un peu: «L’Europe peut être très fière de ce qui est accompli, l’ESA a certes beaucoup moins de budget que la NASA, mais nous arrivons à faire plus de choses». «Nous ne pouvons pas être leader dans tous les domaines, mais l’Europe possède les meilleurs satellites d’observation de la Terre», précise Matthias Maurer.

Si messieurs Musk et Bezos sont impliqués dans le secteur, le Dr Carpenter sait bien qu’entre les investisseurs publics et privés, il est encore un peu trop tôt pour pouvoir se reposer uniquement sur des fonds privés: «Le marché n’est pas encore prêt pour les fonds privés, nous avons pour le moment de fonds publics pour combler l’écart. Même si l’ESA est en train d’apprendre à former des partenariats avec le secteur privé». En résumé, «nous avons tendance à surestimer ce qui va se passer dans les prochaines années, mais de sous-estimer le potentiel du SRU sur le long terme», ajoute James Carpenter.