LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Qu’il s’agisse de la santé financière ou du Brexit, l’industrie des fonds est dans le doute

La conférence «Global distribution» de l’Association Luxembourgeoise des Fonds d’Investissements (ALFI) a ouvert hier sa 25ème session sur fond d’une actualité marquée par l’incertitude. Au niveau des résultats du secteur tout d’abord: si 2015 a été un excellent cru pour les fonds d’investissements, 2016 est bien plus volatile, a reconnu la présidente de l’ALFI, Denise Voss. «Notre souhait, c’est que l’industrie des fonds se stabilise au Luxembourg en 2016», a-t-elle déclaré dans son discours inaugural. En 2015, les actifs sous gestion ont gonflé de plus de 13% selon les données de l’ALFI, pour atteindre 3.506 milliards d’euros. Compte-tenu de la volatilité des marchés financiers, il semble difficile de réitérer cette performance d’ici à la fin de l’année. Au 30 juin, le secteur totalisait près de 3.462 milliards d’euros d’actifs sous gestion, en recul de 0,75% sur un mois.

Autre source d’incertitude: le Brexit et ses conséquences. Là, on le sait, la place luxembourgeoise ambitionne d’accueillir des sociétés désireuses d’avoir un pied à terre dans l’Union européenne. Mais dans les faits, la plupart d’entre elles tâtent le terrain, tant pareil déménagement ne s’improvise pas et puis, le Brexit prendra des années avant d’être effectif. Il n’empêche, le ministre des Finances Pierre Gramegna a promu les atouts du Luxembourg devant l’auditoire: «Nous avons une position de leader sur les fonds», a-t-il entonné en rappelant que seuls les Etats-Unis devancent le Grand-Duché dans le monde. Ensuite, le Luxembourg est un pays stable politiquement et qui offre une qualité de vie dans un environnement sécurisé.

Différents scénarios

Noel Fessey en sait quelque chose: la carrière de ce Britannique l’a mené jusqu’au Grand-Duché où il est le COO et Managing Director de Schroeders Luxembourg. Cette société de gestion d’actifs basée à Londres totalise 343,8 milliards de livres d’actifs sous gestion dans les 27 pays où elle est présente. Le modérateur a réuni autour de lui trois compatriotes pour aborder les aspects pratiques de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Et là aussi, l’incertitude règne tant les scénarios varient. En cas de «soft brexit», Londres quitterait les 28 mais conserverait un accès au marché unique, un petit peu comme la Norvège. Cette configuration ne mettrait pas trop de bâtons dans les roues en ce qui concerne la distribution de fonds. «Le Luxembourg reste intéressant pour les investisseurs britanniques mais peut-être préfèreront-ils les fonds domiciliés au Royaume-Uni plus tard», a commenté Noel Fessey. Et là, on se rapproche du scénario redouté du «hard brexit» dans lequel la distribution de fonds au Royaume-Uni ne serait plus possible depuis le Luxembourg. «La Suisse a des fonds domestiques mais surtout un accès aux fonds luxembourgeois, c’est un autre exemple de ce qui serait possible», a temporisé Geoffrey Cook, Partner chez Brown Brothers Harriman (Luxembourg). De son côté, le CEO de FundRock Management Company Revel Wood s’est montré clair: «Les gestionnaires à travers le monde cherchent un accès au marché unique». Le scénario du soft brexit se dégage donc comme étant le moins mauvais.

Ambitions affichées

Mais il faudra encore patienter avant de connaître l’épilogue de ce feuilleton inédit dans l’histoire de l’Union européenne. En attendant, l’ALFI entend poursuivre ses objectifs inscrits à l’horizon 2020 comme connecter les investisseurs avec les opportunités. Une série de missions est prévue, à commencer par un «roadshow» à Toronto, Boston et New York prévu le mois prochain. Ensuite, l’organisation partira promouvoir la place luxembourgeoise à Londres, Genève et Zurich. Et pas question de se concentrer uniquement sur les acteurs du monde de la finance. «Il est important d’expliquer le rôle des fonds d’investissements dans la société pour le financement des retraites notamment», a souligné Denise Voss. Car parmi les autres ambitions de l’ALFI pour 2020 figure la stimulation de la recherche et développement, de l’éducation, et d’autres segments ciblés non plus sur les seuls intérêts des investisseurs mais sur ceux de la société. L’ALFI a par ailleurs lancé un site web dédié au grand public, understandinginvesting.org, toujours dans une démarche de vulgarisation. Enfin, l’association entend positionner le Luxembourg au centre de l’échiquier mondial des fonds d’investissements en surfant sur une image de fiabilité de la place. Et avec l’émergence des classes moyennes dans les pays tels que le Brésil, l’Inde ou la Chine, cela génère autant de nouveaux épargnants que de nouvelles opportunités de croissance pour l’industrie des fonds.


www.alfi.lu
www.understandinginvesting.org