LUXEMBOURG
OLIVIER ROUSSEAU

Le pianiste Kit Armstrong et les Solistes Européens à la Philharmonie

A la Philharmonie, le pianiste Kit Armstrong était l’autre soir l’invité des Solistes Européens, Luxembourg. C’est un tout jeune homme fascinant. Il n’est pas né, comme tant d’autres, de parents musiciens: il a éprouvé en lui le besoin irrésistible de faire de la musique. Et de quelle façon! On pourrait multiplier les adjectifs au superlatif pour évoquer sa virtuosité, l’aisance incroyable de son jeu. Mais, et c’est l’essentiel, il est avant tout et éminemment musicien, faisant preuve dans ses interprétations d’une remarquable maturité de compréhension et d’expression.

Il est multiple aussi, comme interprète d’abord: après le 4e concerto pour piano de Jean-Sébastien Bach, il a proposé un autre concerto… pour orgue celui-là, de Carl Philipp Emanuel Bach. L’occasion pour lui de se lancer, en guise de cadence, dans une longue séquence d’improvisation absolument époustouflante d’intelligence et de sensibilité. Multiple encore, et comment: ayant trouvé le temps de poursuivre brillamment des études en mathématique pure, d’acheter une chapelle en ruine dont l’architecture art nouveau lui plaisait pour la restaurer et en faire un lieu de concerts, de rencontres et d’expositions. Soulignons, et c’est révélateur, la façon dont, soliste d’un concert, il joue avec le chef et les musiciens de l’orchestre. Ses regards, son corps tourné vers eux le prouvent. C’est de la musique partagée.

L’occasion d’une découverte

Ce concert a été aussi - faut-il rappeler que c’est «la marque de fabrique» des SEL - l’occasion d’une découverte: «Ohoi», une pièce de Giacinto Scelsi, un compositeur à la vie complexe, dans la coexistence de voyages lointains révélateurs et formateurs et d’épisodes psychiatriques douloureux, dans leurs transcriptions en partitions. Christoph König a eu l’excellente idée, en le présentant en quelques mots, de mettre en perspective ce morceau étrange, «inouï», suscitant de la sorte un intérêt accru de la part du public.

En conclusion de la soirée, un chef-d’œuvre d’un tout jeune compositeur: Félix Mendelssohn n’a que seize ans quand il compose son «Octuor en mi bémol majeur». Les cordes des SEL et leur chef en ont proposé une interprétation d’un superbe engagement, typique de leur plaisir d‘être là, entre eux et avec leur public, réalisant ainsi au maximum les richesses de cette œuvre.