CATHERINE KURZAWA

C’est devenu en quelques années la norme dans les sites touristiques d’envergure: pour y accéder, il faut réserver sa place en déterminant le jour et l’heure de sa visite. Fini donc de flâner tranquillement dans les rues de Londres en se disant: «Tiens, si j’allais faire un tour de grand roue?». Pas question non plus d’arriver à Barcelone un vendredi soir et de se dire autour d’une petite paëlla que le lendemain matin, on pourrait aller visiter la Sagrada Familia. Cette époque est révolue. Aujourd’hui, les vacances ça se prépare. Des jours voire des semaines à l’avance… A tout le moins dans les villes les plus touristiques du globe. A priori, ça semble facile: on paie en avance avec sa carte de crédit, on imprime ou enregistre ses tickets sur son smartphone, et on nous promet de ne pas faire la file. Pratique, d’autant lorsqu’il y a des contrôles de sécurité et autres fouilles fastidieuses.

Dans les faits, le tourisme de masse reste tel quel. Tels des moutons de panurges, les visiteurs se ruent sur l’un ou l’autre spot parce que leur guide de voyage le recommande ou parce qu’ils ont vu des jolies photos sur les réseaux sociaux. Au final, ils se marchent les uns sur les autres pour prendre une photo ou voir de plus près ce qu’ils attentent tant, quitte à bousculer ou marcher sur les autres. Le chacun pour soi règne en maître.

Quant aux fameuses réservations, elles impliquent d’avoir non plus le sens de l’improvisation mais celui de l’organisation. Entre les créneaux horaires à déterminer pour aller visiter tel site et les tracas à anticiper histoire d’éviter que deux visites se chevauchent, les préparatifs des vacances peuvent parfois relever du casse-tête. Et n’espérez pas attendre d’être sur place pour faire vos réservations et de voir en fonction de la météo ce qui est le mieux pour être abrité dans un musée ou monument lorsque le ciel est capricieux. Il risque bien d’être trop tard pour trouver des disponibilités.

Le dernier site d’envergure à franchir le cap est le musée du Louvre à Paris. Le mois passé, sa direction a annoncé l’introduction d’un système de réservation qui sera pleinement obligatoire l’an prochain. L’objectif est de canaliser la foule et de mettre fin aux files. Personne n’aime attendre, en particulier en 2019 où l’instantanéité fait partie de notre quotidien. Néanmoins, personne n’aime les contraintes. Et se voir dans l’impossibilité d’accéder à la Tour Eiffel au coucher du soleil le jour de notre visite à Paris ou bien forcé de réserver des mois à l’avance son accès à une exposition ou un musée, quitte à en oublier la date tant est elle lointaine ne relève pas de la partie de plaisir. Pourtant, les vacances sont le loisir par excellence. Elles sont le moment de repos et de découverte de référence. Mais force est de constater que le tourisme de masse couplé à l’application du principe de précaution pour empêcher la formation de trop grandes foules a transformé ce plaisir en grand n’importe quoi. Certains gestionnaires l’ont bien compris et facturent au prix fort des billets «coupe file» ou autres formules facilitant ce qui jadis n’était en rien compliqué. Aujourd’hui, tout se paie à commencer par le confort. Car plus que jamais: le temps, c’est de l’argent.