LUXEMBOURG
LJ

L’ASTI a sondé la société sur la volonté de participation politique

Je n’y connais rien à la politique et cela ne m’intéresse pas», «je ne suis pas assez au courant de ce qui se passe au niveau politique, dû à la barrière de la langue», «je veux rester libre de voter quand je veux et pour des choses qui m’importent réellement». Trois citations que Tommy Klein, directeur chez l’institut de sondage TNS Ilres a repris hier lors de la présentation d’un sondage qui porte notamment sur les raisons pour ne pas s’inscrire sur les listes électorales des électeurs non-luxembourgeois. Parmi 1.119 résidents sondés de fin septembre à fin octobre, ils sont 35% à invoquer un manque d’intérêt politique pour leur non-inscription et 11% à s’opposer au vote obligatoire tandis que 25% évoquent des raisons non précisées. Ce ne sont que quelques résultats d’un sondage sur le «Vivre ensemble» au Luxembourg commandité par l’Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés et rendu possible grâce au soutien financier de la Fondation Alphonse Weicker et de l’Oeuvre Grande-Duchesse Charlotte.

Un travail qui se décline en plusieurs volets: alors que le premier est concerné à la participation politique, dans les prochains mois, d’autres volets seront présentés: le sentiment des résidents sur la cohésion de la société, mais encore l’avis des frontaliers sur le monde dans lequel ils travaillent.

Mais revenons à la participation politique. Se pose notamment la question du droit de vote pour les élections législatives au bout d’une certaine durée de résidence - question qui, rappelons-le, avait été posé lors du référendum constitutionnel de juin 2015 et que plus de 78% des électeurs avaient rejeté à l’époque.

Selon le sondage de l’ASTI, 52% des participants seraient d’accord pour une ouverture, 71% si l’on rajoute les «plutôt d’accord». Du côté des Luxembourgeois cependant, seuls 43% répondent à la question avec tout à fait d’accord ou d’accord, les Luxembourgeois avec double nationalité sont 60% à acquiescer, les étrangers 62%.

Les déterminants de l’identité: famille et languesdevant la nationalité

Aussi apprend-t-on que l’hypothèse du renforcement de la cohésion sociale par l’ouverture du droit de vote aux étrangers n’est partagée clairement que par une minorité - 33%, 53% si l’on rajoute les «plutôt d’accord». A noter aussi que 42% partagent l’avis que le corps éléctoral n’est pas représentatif de la population luxembourgeoise et que 40% sont d’accord que l’implication plus importante des étrangers par l’ouverture du droit de vote pour les élections législatives permet de mieux relever les défis futurs du pays. Aussi, 80% des 348 participants étrangers sont pour le maintien de la condition de résidence de 5 ans pour pouvoir participer aux élections communales, tandis que 56% sont pour une inscription automatique sur les listes électorales et seuls 40% disent que tous les étrangers devraient pouvoir participer sans restriction aux référendums nationaux. Si 92% des participants se sentent citoyens du Luxembourg - 84% pour les étrangers - 71% indiquent que c’est la famille qui définit leur identité et 47% les différentes langues qu’ils parlent. Seuls 44% indiquent la nationalité comme facteur d’identité. Ni le droit du sang ni le droit du sol ne sont d’ailleurs considérés comme importants pour devenir luxembourgeois, mais l’acceptation de la manière de vivre à la luxembourgeois (79%), la maîtrise d’une des trois langues officielles (72%), voire la maîtrise du luxembourgeois (66%).

Le sondage laisse apparaître que les participants sont loin d’être guidés par de grands principes revendicatifs, mais plutôt par le pragmatisme dans toutes ces considérations. «Les résidents veulent vivre ensemble tranquillement, au-delà des considérations politiques ou des contraintes juridiques» conclut l’ASTI. L’association, qui milite depuis ses débuts pour l’ouverture du droit de vote, s’est cependant montrée préoccupée du fait que nombre de personnes pensent que la participation démocratique n’a pas d’impact sur la vie en société.

Elle y voit aussi le signe d’un besoin d’éducation civique et politique renforcée. Vaste débat à suivre...