LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Pour Pictet Wealth Management, décélération et incertitudes ponctueront 2019

L’heure de la récession n’a pas encore sonné, tempère d’emblée Christophe Donay, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macroéconomique au sein de Pictet Wealth Management. Mais 2019 verra une «resynchronisation dans cette phase de décélération».

«L’année 2019 devrait se traduire par une faible rentabilité pour les marchés actions, avec une compression supplémentaire modérée des valorisations», indique Pictet. L’institution surpondère les liquidités mais aussi les actions britanniques, japonaises et asiatiques émergentes.

«La chute des rendements attendus des classes d’actifs traditionnelles pourra être compensée par les actifs illiquides et alternatifs, qui devraient tirer bénéfice de la volatilité attendue», note le chef stratège. «Nous prévoyons un ralentissement de la croissance des bénéfices, en particulier aux Etats-Unis, du fait de la disparition de l’effet de base de la réduction des impôts».

Focus sur les dividendes

Dans ce nouvel environnement d’investissement, Pictet affiche son penchant pour des titres d’entreprises et de secteurs dotés d’un pouvoir de fixation des prix, pour les sociétés à croissance structurelle dont les marges et les ventes devraient croître en 2019 et pour les firmes ayant un endettement faible, mieux équipées pour faire face à la hausse des coûts de financement. «Nous préférons les sociétés accroissant leurs dividendes aux sociétés aux rendements élevés de dividendes», précise Christophe Donay.

Du côté obligataire, «les obligations du Trésor américain à 10 ans recouvrent leur rôle d’actif refuge sûr», mais Pictet reste toutefois neutre sur cette classe d’actifs. «Nous prévoyons une hausse modérée des taux souverains à 10 ans européens et américains, vers 3,4% pour ces derniers», écrit Christophe Donay.

Quant aux taux directeurs des banques centrales, Pictet table sur deux à trois hausses pour la Fed mais pour la BCE, il faudra attendre la fin de l’année 2019. La banque souligne que le principal risque sur les Etats-Unis étant une chute soutenue des prix du pétrole, «dans ce cas, la Fed pourrait réduire son rythme de resserrement».

Du côté des risques politiques, la guerre commerciale sino-américaine, le Brexit et l’Italie sont cités par Pictet qui remarque que «notre monde, de plus en plus politisé, est actuellement en proie à une récession démocratique». L’essoufflement des partis pro-européens en Allemagne et en Italie en est un reflet. Et d’ajouter que «le ralentissement de la croissance des profits est à risque: une récession des profits en 2019 constitue une éventualité que nous surveillons de près». Bref, le chef stratège marche sur des œufs, à l’image des investisseurs qui sont appelés à redoubler de prudence dans cet environnement on ne peut plus incertain