LUXEMBOURG
DIDIER SAINT-GEORGES

Les élections françaises s‘étant gardées d’asséner le coup de grâce à la construction européenne, les marchés financiers devraient pouvoir afficher quelques temps encore une certaine exubérance. En effet, aux liquidités toujours abondantes, s’ajoute un cycle économique global en expansion modérée, un dollar faible, des taux d’intérêt toujours bas et un prix du pétrole stabilisé. Que demander de plus?

Depuis le début de l’année, il faut se réjouir du retour de la primauté de l‘économie sur les marchés. Mais à l’orée du second semestre, il est peut être aussi utile de rafraichir notre compréhension du phénomène de réflexivité toujours à l‘œuvre entre l‘économique et le politique, ainsi que notre perception de la dynamique des marchés aux niveaux actuels.

Jusqu’ici tout va bien... 

Les résultats d’entreprises au second trimestre devraient continuer de bénéficier de l’amélioration des fondamentaux. Et la zone euro devrait de nouveau faire particulièrement bonne figure: la confiance des consommateurs a atteint en mai son plus haut niveau depuis juillet 2007. C’est en portant son regard au-delà des tous prochains mois qu’on distingue quelques freins à l’euphorie générale.

Réflexivité 

Les récents vainqueurs des scrutins électoraux peuvent se vanter non seulement de leur victoire, mais aussi de leur bonne étoile. Les nouveaux dirigeants ont l’heur de débuter leur mandat en profitant d’un vent arrière économique inespéré. Toutefois, on ne saurait ignorer le processus de «réflexivité», à l‘œuvre entre politique et économie.

La faiblesse de la croissance globale depuis la sortie de la grande crise financière, le contraste entre cette médiocrité et la progression spectaculaire des marchés depuis 2009, l’impuissance des politiques à réduire les inégalités sociales, toutes ces sources profondes de mécontentement ont provoqué des ruptures politiques majeures. En retour, ces ruptures auront des conséquences économiques que les marchés refléteront.

Fragilité accrue des marchés 

Il y a un peu plus d’un an, les indicateurs économiques globaux, le prix des matières premières et l’inflation amorçaient leur rebond. Aujourd’hui se pose la question de la prochaine phase du cycle.

La question du durcissement des conditions financières toujours extrêmement accommodantes va refaire surface, maintenant qu’elle ne peut plus guère être escamotée par l’aléa politique. Si la croissance nominale globale (croissance en volume plus inflation) continue son ascension, fût-elle modérée, les banques centrales devront alors accélérer la normalisation de leurs politiques monétaires au second semestre, opposant ainsi un frein à la valorisation des actifs financiers. Les valorisations des marchés ne constituent en elles-mêmes qu’un constat, et non pas un facteur déclenchant d’inversion de tendances. Mais ce constat est bien un facteur de fragilité. Il renforce le potentiel de sur-réaction à des chocs externes ou des déceptions, plausibles au second semestre.

En conclusion, le retour de la primauté de l‘économie sur les marchés renforce la légitimité de l’analyse fondamentale. Celle-ci nous rappelle aujourd’hui que les marchés progressent depuis un an sur la base d’un cycle économique global, nourri par la relance chinoise, l’espoir de politiques économiques expansionnistes et des régimes monétaires très favorables. Elle nous rappelle du même coup que les cycles ne sont pas éternels, et qu’il faut désormais scruter avec beaucoup de vigilance les signaux d’inflexion.

Carmignac Gestion

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